ACTE II
LA FILLE, riant.
Qu'est-ce que tu chantes ?
ALBERTE, haiissanl les épaules.
Vous ne croyez à rien, par ici.
(Un silence. L'heure sonne à un clocher.)
LA FILLE, bâillant.
Uneheure et demie. Viens-tu faireuntourdehors?
ALEERTE
Non. Je rentre.
LA FILLE
Si tu ne te donnes pas plus de mal que ça, tïi ne te débrouilleras jamais.... Une brume pareille, c'est pas mauvais. Les hommes sont plus faciles à faire que par un beau clair de lune.
ALBERTE
Pourquoi?
LA FILLE
Je n'en sais rien. J'ai remarqué... Le brouillard doit leur mettre du vague dans les cervelles. Ils y voient des choses qui leur chauffent les reins. Ils courent d'une femme à l'autre. Ils sont inquiets comme des rats, dans ce co!on-là. Il y en a qui vous suivent sans vouloir vous parler. Ils rêvent en marchant, les piqués I Ils vous promènent des kilomètres, parce qu'on n'est qu'une ombre, ou qu'on leur rappelle une femme qu^'ils n^ont plus. Quand on les aborde au coin d^une rue, ils se laissent emmener. Et, dans la chambre, on s^aperçoit qu^ils ne vous désirent pas. C'est des souvenirs, qu'ils cherchent à réveiller... pour les salir, quelquefois. C'est surtout leur cafard qu^ils essayent d^écraser sur votre peau.
(Un homme passe devanl le café ; même jeu que précédemment.)
ALBERTE
Celui qui vient de passer... c'est tout le mien, dans le brouillard...
LA FILLE
Suis-le, ma fille. Tu auras un instant d^illusion. Et si tu le fais, ça te fera peut-être passer ton cafard.
ALBERTE
Non. J^aurais envie de l'étrangler.