PREMIER TABLEAU
Un paysage de neige, dans la haute montagne, Vhiver. Deux hommes en tricots vert et jaune suivent un chemin frayé à la pelle, au flanc d'une pente. Ils ont des bottines faunes, des culottes de sport, des cannes ferrées.
La grande lumière du milieu du jour.
l\mi, un garçon de vingt-deux ans, dont les manières, certains gestes, des inflexions de la voix sont inconsciemment copiéssurceux de r Homme,
Enfin, comment la chose est-elle arrivée?
l'homme, [dans V épanouissement viril de la trentaine\; un corps bâti pour tous les sports, y compris celui de la course aux femmes.
J'avais quitté Phôtel de grand matin. Le ciel avait encore cette couleur citron, que les paresseux ne connaissent pas. La montagne ressemblait à une gigantesque ossature d'argent et d'acier, avec des
creux d'ombre mats et bleuâtres comme du métal. Il faisait un froid merveilleux. Je m'élevais le long de ces pentes, mon sac sur le dos, quand tout à coup, à la lisière de la zone ensoleillée, un chalet m'apparut. {Ils prenne ni place sur un banc vert, à demi enseveli dans la neige.) Sur la porte, face au jour, fière et forte comme un jeune arbre, une femme me regardait.
l'ami, riant.
Je crois que si tu te promenais sur les banquises du pôle, une femme surgirait de la glace et t'inviterait à la suivre. Si tu excursionnais parmi les étoiles, une beauté se dresserait sur l'anneau de Saturne et te ferait signe d'aborder.
l'homme J'ai un nez de chien, pour dépister mon gibier. Mais, ce matin-là, je n'étais en chasse que d'air pur et de solitude. J'avais quitté Chiara vers trois heures, à cet instant de la nuit où le dégoût vous prend de la femme, de ses yeux chavirants, de ses plaintes et de ses spasmes. Je jouissais du désert blanc comme d'un grand corps, insensible à la pression du corps qui l'épouse.
l'ami Et pourtant...
l'homme Oui... Cette créature m'attira soudain. Sa rude chemise de toile s'entr'ouvrait sur un buste aussi droit, aussi ferme qu'un pin. Elle souriait. Je m'arrêtai devant elle, j'entrai et presque aussitôt, sans