ACTE III
Épargne-moi tes commentaires I
LE DOMESTIQUE
Je vois ce que je vois... Vous vieillissez, Monsieur. Il vous faut dix secondes pour escalader votre perron. Autrefois, vous en mettiez quatre. Vous sonnez beaucoup plus lourdement... Vous oubliez les numéros de téléphone de vos amis. J^ai prévu ça, quand j'ai vu que vous abandonniez les honnêtes femmes pour les filles.
l'homme, r/an/.
Pourquoi les unes sont-elles moins fatigantes que les autres, vieil imbécile ?
LE DOMESTIQUE
Avec les honnêtes femmes, il faut parler. Avec les filles, ce n'est pas nécessaire. C'est même, la plupart du temps, impossible. Quand vous parlez vous vous ménagez. Quand vous vous taisez, vous vous dépensez. Je ne devrais pas être obligé de vous expliquer ça.
l'homme
Alors, tu regrettes le temps des femmes honnêtes ?
le domestique
Personnellement, pas du tout. J'ai beaucoup moins d'ennuis avec les professionnelles.
l'homme Pourquoi ?
LE domestique
Mais, Monsieur, parce qu'elles sont plus faciles à manier. Elles ne font pas de scènes, si vous ne les
recevez pas. Elles ne cherchent pas à entrer de force. Elles ne me persécutent pas, quftnd vous les avez mises à la porte. Vous vous rappelez cette paysanne des montagnes ?
l'homme Oui, Comment 3'appelait-elle donc ?
LE DOMESTIQUE, UTl doigl Icvé,
Voyez-vous ? La mémoire... Elle s'appelait Al-
berte.
l'homme C'est vrai.
LE POMESTIQUE
Eh bien, j'ai cru qu'elle vous ferait votre affaire, celle-là. Quand j'ai appris qu'elle était morte à l'hôpital de la Pitié, je me suis senti soulagé.
l'homme Moi aussi.
LE domestique
Tandis qu'avec Laure, je n'ai pas eu un instant d'inquiétude. Non, pas même le jour où vous lui avez dit que vous partiez pour l'Afrique.
l'homme, soupirant.
Celle-là est morte aussi, Gustave.
le domestique
Ah î vous ne leur portez pas bonheur. Au moins, les filles ne se laisseront pas crever d'amour pour vous ! Tenez-vous-en aux filles. Monsieur. Mais croyez-moi : n'en voyez qu'une ou deux par semaine... et méfiez-vous des mineures. L'intelligence pousse vite, dans ce métier-là. Il en est venu