SCÈNE II
LE8 MÊMES, ROUGÉ, puis DIAMBA, un instant.
(Rougé sort de son logement, à droite. C'est un quinquagénaire aux traits ravagés, au teint bilieux. Il porte négligemment un complet de toile kaki.)
ROUGÉ^ désignant la direction d'où vient le bruit du tam-tam.
Sales nègres ! Ils ne peuvent pas me laisser finir ma sieste. Vous autres, vous êtes debout et vous jouez avec le singe. (// ricane.) C'est merveilleux, la jeunesse, vraiment merveilleux ! Enfin, vous apprendrez bientôt à économiser les gestes inutiles.
MADAME LE CORMIER, cherchant un prétexte pour sortir.
Monsieur Rougé, si vous le permettez, je vais prendre chez vous des nattes et des coussins...
C'est pour la case destinée à cet administrateur. On pense qu'il arrivera dans la journée.
ROUGÉ, ironique.
Bien, bien. Ne perdez aucune occasion de vous fatiguer. Avancez de quelques heures votre prochain accès.
MADAME LE CORMIER, traversant.
Oh, je ne suis pas sûre que l'inaction préserve de la fièvre.
ROUGÉ
Rien ne préserve de la fièvre, ma bonne dame. Ingurgitez de la quinine ou de l'absinthe, trimez comme un captif, ou faites le pacha dans un hamac, vous en viendrez toujours au même point, au point où j'en suis. (Elle passe dans le logement de Bougé. Celui-ci consulte le thermomètre fixé à F un des montants de Ventrée.) 43 degrés ! Et ça chante I Et ça danse I Et ça ne crève même pas d'un coup de soleil ! (Le tam-tam et les chants s'exaspèrent. Rougé s'étend sur la chaise longue.) Dites-moi, Le Cormier, vous êtes retourné au village ?
LE CORMIER
Oui, monsieur.
ROUGÉ
Où en est l'affaire des captives ?