ACTE I
LE CORMIER, Qvec Une ironie pleine de tendresse.
Je te connais, conscience forte. (// l'embrasse.) Tu as pitié, non seulement des victimes, mais encore des bourreaux. Car tu veux rester ici par charité envers l'homme qui est, pourtant, la cause indirecte de tout ce qui se commet de barbare ou d'injuste au village.
MADAME LE CORMIER, Saisîc.
Mon Dieu... C'est vrai.
{Un silence. Brusquement, dans le lointain, éclatent les battements sourds et précipités d'un tam-tam, auquel s'adjoint bientôt la mélopée sauvage et monotone d'un chœur.)
MADAME LE CORMIER
Il y a beaucoup de choses que je regretterai ici.
Tu regretteras l'illusion que ta puissance d'amour pouvait transformer les hommes. Ma pauvre enfant! L'amour n'a jamais transformé que les hommes capables d'aimer.
MADAME LE CORMIER, SOngCUSe,
Qui sait? Peut-être, un jour, Kadiéso reviendra dans nos rêves pour signifier « le bonheur. »
LE CORMIER, souriant.
Ou ton accès de fièvre du 3 juillet... ou les conserves de petits pois au sulfate de cuivre I
MADAME LE CORMIER
Je ne déteste pas avoir la fièvre. Pendant ces jours d'insomnie, dans Pombre étoujffante de la case, j'ai revu ma mère, mes sœurs et tous mes fantômes d'Europe avec une incroyable netteté. J'entendais le son qu'avaient les galoches des paysans sous nos fenêtres, les matins de marché, à Vannes. (Gaîment.) Quant aux conserves au sulfate de cuivre, si nous sommes encore ici dans quatre mois, nous pourrons les jeter aux caïmans, tu sais ! J'ai planté hier des choux et des salades. D'ailleurs, mes poulets engraissent à vue d'œil !
LE CORMIER
Tant mieux, ils nous changeront du canard à l'acide salicylique.
MADAME LE CORMIER
Ce n'est même pas du canard, c'est du chat !
LE CORMIER
Oui, du chat trop vieux pour s'intituler chevreuil. Ça se mange tout de même.
Et si mes plants de fraisiers ne sont pas noyés par la prochaine tornade, dans trois jours, nous aurons un Jde ces desserts! (Au ouislili quelle agace dans sa cage,) Oui, Monsieur, des fraises I Des fraises des bois, naturellement. Et quand vous en aurez goûté, vous ne daignerez plus toucher à vos noix de kola. Je vous connais, mon petit