L HOMME ALBERTE
l'homme, à la fenêtre.
Oui, le jour baisse. Le ciel est gris. Tout est proche, net, noir sur blanc comme une gravure.
11 va neiger.
ALBERTE
Tu ne veux pas rester ?
l'homme
Impossible.
ALBERTE
Tu ne sais pas comme c'est beau, la nuit. Par ces froids, il y a des loups dans la forêt. Mes parents m'ont appris à dresser un feu de branches devant le seuil, pour les effrayer. Jusqu'au petit jour, on voit bouger la flamme sur les carreaux. Reste et nous allumerons un grand feu I
l'homme Je reviendrai demain.
ALBERTE
A quelle heure ?
l'homme Vers trois heures.
ALBERTE, sc levaul et posant sur ses épaules une houppelande de berger.
Quand tu dois venir, je guette depuis midi. Chaque point noir qui remue sur le tapis blanc, je le prends pour un homme. Chaque homme qui suit le chemin d'en haut, je le prends pour toi. Et si ce n'est que le boucher sur son traîneau, ou le bûcheron halant un jeune pin, je les injurie tout bas... A quoi penses-tu ?
l'homme
A ce matin où tu m'es apparue sur ta porte,