ACTE I
fraîche comme une fontaine vive jaillissant de la glace.
ALBERTE
En te voyant, ce matin-là, je pensais au Saint- Michel de notre église, qui vous regarde avec tes yeux de femme.
l'homme, rianl.
Je ne savais pas ressembler à cet archange !
ALBERTE
Tu ressembles aussi parfois au Lucifer qui est sculpté sur le porche.
l'homme, rianl.
Je préfère.
ALBERTE
C'est à tous les deux que je me suis donnée ! Je t'aime comme la grâce et comme le péché. Quand j'avais huit ans, le curé me grondait, parce que j'aimais également le diable de pierre et le saint de bois doré ; je n'ai pas changé. (Avec passion.) Ah, pourquoi me quitter chaque jour? Je voudrais que tu sois fixe et muet comme une chose, — et pouvoir t'attacher avec des cordes, — et passer les nuits contre toi, et les matins et les soirs et les nuits encore!
l'homme, ricanant.
Beaucoup de femmes ont fait ce rêve !
ALBERTE
Pourquoi ris-tu ? Ne sais-tu pas que, dimanche, nous serons séparés? Mes parents arrivent de la ville. Tu ne pourras plus venir ici.
l'homme, légèrement.
Nous nous verrons ailleurs.
ALBERTE
Où donc?
l'homme, sans y croire.
Mais au village. Nous trouverons bien une bicoque à louer... Et rien n'empêche, non plus, que tu viennes me voir à l'hôtel.
ALBERTE, rembrunîe.
Je n*irai pas dans ton hôtel.
l'homme Pourquoi?
ALBERTE
Je ne veux pas être moquée par les domestiques... Je ne veux pas voir les femmes de Paris.
l'homme, rianL Veux-tu que nous nous retrouvions dans la forêt? Nous poserons une fourrure sous un pin et nous allumerons un feu sur la neige, — pour écarter les loups ! Qu'en dis-tu ?Et quand le printemps sera là...
ALBERTE, so.upçonneuse.
Ne parle pas du printemps.
l'homme Il y aura les lits de fougères dans les ravins et les cabanes de bergers sur les alpages.
ALBERTE
Je connais vos manières, à vous autres grands seigneurs. Quand viennent les fontes d'avril et ses