‹ Théâtre complet (volume 4)Chapitre 95 sur 138 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

me demander du sucre et les guerriers, des médicaments.

PRÉFAILLES

C'est prodigieux !

MADAME LE CORMIER

C'est tout simple, monsieur l'administrateur... Il n'y a qu'à les aimer un peu.

PRÉFAILLES

Voilà un mot admirable, Madame... Un mot qui contient le secret de ,toute colonisation... Un mot bien difficile à prononcer^ quand on a vieilli dans ce pays.

MADAME LE CORMIER

Pourquoi donc, monsieur l'administrateur?

Parce qu'on ne peut aimer que ce qui nous ressemble et que les noirs ne sont pas nos semblables.

MADAME LE CORMIER

Pourtant...

PRÉFAILLES, rînlerrompani.

Non, des malheureux qui, pour se préserver de la foudre, mangent la charogne putréfiée des foudroyés, ne sont pas nos semblables... Des hébétés, dont la vie entière coule, terrorisée par les esprits du mal et les menaces d'un féticheur, ne sont pas

nos frères... Des brutes capables de certaines trahisons, de certaines stupidités, ne sont même pas des hommes»

ROUGÉ, à madame Le Cormier.

Quand vous l'aurez compris, cette vaine ardeur tombera.

MADAME LE CORMIER, à mî-VOlX,

Alors, il faudrait partir avant d'avoir compris.

BOUGÉ

Partir ?

MADAME LE CORMIER, même jeu.

Démissionner, rentrer en Europe.

PRÉFAÏLLES

Vous avez raison, mais on ne peut pas.

Pourquoi ?

PRÉFAILLES

Parce que l'homme aime ce qui le détruit {Regardant machinalement Rougé.) Quand on a mangé de TAfrique, on en meurt.

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