ACTE
ANNA
Non. Pas cette fois-ci.
BÉATRICE
Alors que venait-elle faire ?
ANNA
Ce qu'elle fait dans toutes les maisons. Elugir le monde avec ses histoires.
BÉATRICE
Quelles histoires ?
ANNA
Demandez aux vieux du village. Ils vous diront qu'elle peut vouer un homme à la mort en lui glissant des liards percés dans sa poche.
BÉATRICE, souriant.
Pauvre vieille !
ANNA
Pas si pauvre. Elle fait les sorts à tous les jeunes gens de l'île. Et son sort à elle, croyez-vous qu'elle ne le fait pas, en leur tirant des sous ? Elle vit dans une hutte de paille et d'argile, mais je voudrais bien posséder ce qu'elle cache sous son varech.
BÉATRICE, l'observant.
Pourquoi ne pouvez-vous pas me répéter ce qu'elle vous disait tout à l'heure ?
ANNA, gênée.
Mademoiselle... C'est bon pour les îliens, pour
20 L'AMOUR MAGIClEr^
des sauvages qui naissent et qui meurent entre la mer et leur fumier. Ça n'intéresserait pas une personne qui a de l'éducation.
BÉATRICE
Qu'en savez-vous ?
ANNA
Et puis, je suis une bonne chrétienne. Et à Quimper où j'ai vécu, notre curé, qui était un savant et un saint, nous disait toujours de ne pas prêter l'oreille à ces contes de bonnes femmes, qui offensent la religion.
BÉATRICE
Et moi, j'aime les contes de bonnes femmes. Dans mon enfance, chez mes cousines, on ne parlait que de sorciers et d'envoûtements.
ANNA, hochanl la lêle.
C'est péché de réveiller le chagrin d'une famille en deuil.
BÉATRICE
Péché? Je ne comprends pas.
ANNA
Je veux bien vous satisfaire. Mademoiselle. Mais vous me promettez de ne rien répéter à Monsieur ?
BÉATRICE
Je vous le promets.