ACTE I
bruns. Monsieur Carolles préférait dicter, ces soirs-là.
FERNANDE
Vous n'aviez pas remarqué chez elle... des périodes de tristesse, d'accablement?
BÉATRICE
Non, Madame, je ne vois pas ce qui aurait pu l'attrister.
FERNANDE
Autrefois, elle était sujette à des tristesses sans cause.
BÉATRICE
Elle n'était pas toujours gaie. Mais je la sentais heureuse.
FERNANDE
Je vois que je fais fausse route... Je ne veux pas vous cacher ma pensée. En examinant l'endroit de l'accident, j'ai eu peine à croire à un accident... J^imaginais autre chose.
, BÉATRICE
C'est tout à fait impossible. Madame.
FERNANDE
Donnez-moi un conseil. Mademoiselle.
Moi, un conseil ?
FERNANDE
Il croit toujours à la possibilité de retrouver le
corps. Il en attend comme un apaisement, une consolation. Et moi, je sais que, si la mer nous rend ce qu'elle nous a pris, ce sera pour lui une commotion affreuse. N'êtes-vous pas d'avis -que nous devrions tenter de l'emmener loin d'ici ?
BÉATRICE
Il refusera.
FERNANDE
Imaginez que demain, dans huit jours, des hommes s'arrêtent à cette porte, rapportant sur une civière... Vous n'avez jamais vu de noyé?
' -i*,^,. BÉATRICE
Si, une fois, en Irlande, après une tempête.
FERNANDE
J'en ai vu, moi aussi. (Un silence.) Il fait un peu froid, ici.
BÉATRICE
Je vais faire du feu... S'il pouvait seulement croire !
FERNANDE
A quoi ?
A une autre vie... à un bonheur de l'âme.
FERNANDE
Il n'a jamais cru.
BÉATRICE
Il cherche à croire.