‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 15 sur 68 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

comprend pas qu'une vague ait pu monter jusquelà.

FERNANDE

Mon frère m'a dit que vous aviez su gagner l'affection de sa femme.

BÉATRICE

MmeCarolles me traitait plutôt comme une parente que comme une salariée. J'ai été engagée à la prière d'une de ses cousines.

FERNANDE

Vous êtes d'origine irlandaise, je crois ?

BÉATRICE

Oui, Madame, du comté de Kerry. J'ai appris le

français chez les religieuses de Cork. Mais dans

ma famille... l'existence était devenue impossible. ..

tout à fait impossible.

(Un silence.)

FERNANDE

A part mon frère, vous avez été le seul témoin des derniers jours de notre pauvre Berthe... Aviezvous observé chez elle une préoccupation... quelque chose d'anormal ?

BÉATRICE

Non, Madame... Elle avait éprouvé une contrariété, la veille du malheur.

Une contrariété ?

BÉATRICE

En recevant le télégramme où vous disiez nCi pouvoir passer les vacances avec nous. Elle était] si contente de vous recevoir ici !

FERNANDE, après Une hésitation.

Ne trouvez pas étrange, Mademoiselle, que je] vous parle aussi intimement. Je ne me trompe pas souvent sur les êtres. Entre mon frère et sa' femme, aucun désaccord ne s'était élevé ?

BÉATRICE

Aucun, Madame.

FERNANDE

Il n'y avait pas eu de discussions ?

BÉATRICE

Non. Monsieur CaroUes lui reprochait toujours sa lenteur... "Le matin, il avait déjà fait une promenade, ou travaillé, qu'elle était encore au lit. Alors, il la taquinait, mais tendrement. Quelquefois, à l'heure des repas, elle retardait la pendule, pour nous prouver qu'elle n'était pas en retard. Anna se fâchait, naturellement. Monsieur Carolles avançait l'aiguille et tout finissait par des rires.

FERNANDE

Le soir du malheur, pourquoi n'étaient-ils pas ensemble ?

Elle aimait à s'exposer au brouillard, aux em-

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