ACTE H
femme Quémer et le grand-père Louarn paraissent. Le grand-père est un pêcheur aux limites de l'âge. Il s'appuie sar deux cannes.)
LA FEMME QUÉMER
Ces femmes-là, vois-tu, grand-père Louarn, c'est pas des femmes. C'est des démons.
LE GRAND-PÈRE
Oui.
LA FEMME QUÉMER
Tu longes la côte... tu les vois sur la pente de la falarse, leurs jupes et leurs cheveux tiraillés par le vent... qui retournent le varech avec leurs fourches... Et puis, tout à coup, tu ne les vois plus I
LE GRAND-PÈRE
Oui.
LA FEMME QUÉMER
Si tu ne les vois plus, grand-père Louarn, c'est qu'elles ont ressauté dans les vagues. Comprendstu ?
LE GRAND-PÈRE
Oui.
Elles viennent sur l'île pour faire du mal. C'est des démons de la mer.
LE GRAND-PÈRE
Oui.
LA FEMME QUÉMER
Et je vas te dire comment je l'ai su... Je les ai
vues moi-même au sabbat de l'Océan. Tout là-bas, sur les grandes eaux. Je les ai bien reconnues.
LE GRAND-PÈRE
' Oui.
LA FEMME QUÉMER
Veux-tu savoir comment qu'elles y vont ?
LE GRAND-PÈRE
Oui.
LA FEMME QUÉMER
Elles y vont dans leur brouette à goëmon I
LE GRAND-PÈRE
Oui.
LA FEMME QUÉMER
Avec leur fourche pour gouvernail.
{Ils passent. A Iberl et Edouard entrent en causant.)
EDOUARD
La porte est verrouillée, mon cher, solidement verrouillée. Les millions de voyants, de prophétesses, d'évocateurs de morts qui, depuis l'enfance de l'humanité, la bercent de leurs délices, ne lui ont pas fourni une seule raison de croire que les verrous puissent un jour tomber.
ALBERT, hochant la tête.
Je suis moins persuadé que vous de l'opacité de la cloison qui sépare la vie de la mort. Comment ?