ACTE IT
EDOUARD, s'arrêtani.
Je ne dis rien. Je me trouve odieux de vous disputer l'espérance.
ALBERT
Vous avez raison de me mettre en garde contre les pièges que le besoin d'être consolé tend aux malheureux de mon espèce. Mais dans le cas de Béatrice, vous n'avez pas tous les éléments d'appréciation dont je dispose.
{Un silence. Albert s'assied.)
EDOUARD
Où sommes-nous, ici ?
ALBERT
Sur la face nord de l'île.
EDOUARD
Tiens, je me serais cru au-dessus de la rade.
Nous devons lui tourner le dos.
{Ils écoulent les sirènes.)
EDOUARD
Alors, la sirène la plus proche n'est pas celle du port?
ALBERT
C'est celle de la pointe du Fret. Quel brouillard sur la merl Toute l'île est ceinturée de brume. On dirait une écharpe de lait.
EDOUARD, désignant vivemenl an point devant lui. Il m'a semblé voir un navire de guerre !
ALBERT
Cela m'étonnerait.
EDOUARD
Le blanc l'a tout de suite mangé.
(Un silence.)
ALBERT
Savez-vous pourquoi nous ne sommes pas d'accord?-.. C'est que vous exigez des preuves matérielles, dans un domaine où la matière n'est pas en cause.
EDOUARD
Evidemment, je demande des preuves.
C^est-à-dire, une concordance parfaite entre le résultat des séances et des détails contrôlables de la vie terrestre de Berthe... Mais cette concordance-là ne peut pas exister.
EDOUARD
Pourquoi ?
ALBERT
Parce qu'il est absurde de supposer qu'une âme privée de substance conserve intactes des facultés comme la mémoire et l'attention, qui sont étroitement liées à un état de la substance.