ACTE II
BÉATRICE, après un silence.
Pardonne-moi le mal que je vais te faire.
ALBERT, avec violence.
Ah 1 ce n'est pas toi qui parles ! Berthe ne s'est pas suicidée. Berthe m'aimait autant le jour de sa mort que celui de son mariage 1
BÉATRICE, oppressée.
Ton amour t'aveuglait. Depuis des années, je n'avais plus pour toi que de l'affection.
ALBERT
C'est faux ! Je ne te crois pas.
BÉATRICE
C'est autrefois que je mentais ! (// la regarde, saisi. Un silence, puis elle continue.) Quand j'ai compris qu'il se détachait de moi, que je serais des mois sans le revoir, j'ai préféré mourir.
ALBERT, torturé. Mais de qui veux-tu parler ?
BÉATRICE
Tu le sauras assez tôt.
FERNANDE, à Albert.
Réveille-la, je t'en prie. C'est par trop pénible. Pense à ta pauvre Berthe I
BÉATRICE
C'est Berthe qui vous parle... La vraie, la méchante, celle que vous ne connaissez pas...
FERNANDE
Allons, Béatrice...
BÉATRICE
Si vous en doutez, demandez donc à votre frère ce que j'ai fait, la veille du jour où nous vous attendions.
ALBERT, à Fernande.
Elle a... Berthe a fait des rangements dans la maison... Oui... elle a préparé votre chambre.
BÉATRICE
J'ai enlevé les images de piété qui la garnissaient. Je les ai mises au grenier.
ALBERT
C'est vrai.
BÉATRICE
Ce Christ, vous comprenez, ces mises au tombeau, ça me gênait.
FERNANDE
Pourquoi ?
BÉATRICE, sourire équivoque.
J'étais encore croyante... malgré tout.
FERNANDE
Fais-la taire. C'est une véritable profanation !
ALBERT
Qui veux-tu que je fasse taire ? Laquelle ? Si