ACTE III
ALBERT
Moi?
FERNANDE
Je parle de ton amour, de ton deuil. Peu à peu, la curiosité les a remplacés.
ALBERT, tressaillant.
Fernande !
FERNANDE
Si, si. Tu as moins de chagrin, depuis que Béatrice fait parler ta morte.
ALBERT
C'est faux ! J'ai été consolé par l'illusion de sa présence. Mais quand cette illusion s'est dissipée, j'ai souffert autant que si je l'avais perdue une seconde fois.
FERNANDE
Ne sois pas ta dupe, toi qui ne veux pas être dupe! L'aventure, la recherche t'ont consolé. Tu as semé tes regrets à la poursuite d'une vérité que tu n^atteindras jamais...
ALBERT
J'ai cru, un moment, que j'allais réussira crever les cloisons de brouillard et d'incertitude entre lesquelles se débat l'humanité... La délivrer de ses terreurs. Oui. Et j'ai cru que Berthe m'aidait, me dirigeait... Ce n'était pas l'oublier... Ce n'était pas la trahir I
FERNANDE
Ce que j'appelle la trahir... (Elle s'arrête.)
ALBERT
C'est?
FERNANDE, désignant les cartons.
C^est de chercher là-dedans la confirmation des mensonges de Béatrice... {Bas.) Avec l'espoir de l^y trouver.
ALBERT, bouleversé.
Qu'est-ce que tu dis ?
FERNANDE
De Vy trouver!... car tu croirais tenir, alors, une preuve de la survivance...
ALBERT, même jeu. Je n'ai jamais...
FERNANDE
Sois donc sincère ! Tu aimerais mieux savoir Berthe coupable, mais présente dans le corps de cette fille et bavardant avec toi sur ses fautes, que pure et séparée de nous par la mort.
ALBERT
Tais-toi I Tais-toi I
FERNANDE
Il y a des rêves qui pourrissent tout ! (Elle sort à gauche. Resté seul, Albert s'agenouille