ACTE II J
BÉATRICE
Je voulais vous parler. Il faut absolument que vous m'aidiez, mère Quémer. Je n'en peux plus... Est-ce vrai que vous avez vu Mme Carolles?
LA FEMME QUÉMER
Ouai... Un mois après sa mort, sur une roche, à la basse mer.
BÉATRICE
Était-ce bien elle ?
LA FEMME QUÉMER
Pas moyen de s'y tromper.
BÉATRICE
Et que faisait-elle ?
LA FEMME QUÉMER
Elle pleurait. C'est naturel, pour une qui est sans sépulture.
BÉATRICE
Elle ne vous a pas parlé ?
LA FEMME QUÉMER
Non. Elle a plongé sans mot dire.
BÉATRICE
Elle ne paraissait pas en colère ?
LA FEMME QUÉMER
Ma foi, non.
BÉATRICE
Et depuis, vous ne l'avez pas revue ?
yO L'AMOUR MAGICIEN
LA FEMME QUÉMER
Plus jamais.
Eh bien, moi, je ne peux plus me délivrer d'elle.
LA FEMME QUÉMER
Vous la voyez ?
BÉATRICE
Non. Elle est en moi. Elle prend une place en moi-même. Vous comprenez?
LA FEMME QUÉMER
Oui. A la longue, les morts se sentent chez eux, i chez nous. Les Puissants, si je ne les raisonnais pas, ils finiraient par me chasser de mon corps.
BÉATRICE
Au début, quand je me promenais au bord de la 1 mer, elle s'envolait de Técume avec les mouettes... Elle se glissait en moi, tout doucement. Elle se faisait petite, pour ne pas m'effrayer. Elle attendait mon sommeil, pour parler et pour vivre... Maintenant, elle vient aussi, quand je ne dors pas. Elle est \ toujours furieuse... Et elle me torture! J'ai l'âme et le corps dévorés par les rats, mère Quémer 1... J'ai beau me débattre... Elle fait de moi ce qu'elle veut... Elle me pousse où elle veut... Je ne pèse pas plus lourd devant elle qu'un moineau dans la tempête...
LA FEMME QUÉMER
Je connais ça, ma pauvre fille. Les Puissants, des