ACTE III
Je vous demande de ne pas quitter la maison.
ALBERT
Ecoutez î {On enlend des cris, puis de nouveau des pas dans la rue, descendant précipitamment vers la mer. Anna entre du dehors.) Eh bien?
ANNA
Je viens de croiser le pilote. Paraît que c'est un naufrage... Un brick d'Espagne qui a donné sur les Flattes.
BÉATRICE
Avec un pareil brouillard, ce n'est pas étonnant.
ANNA, traversant.
La cargaison est à l'eau, mais l'équipage est sauvé.
{Elle sort à droite.)
Voudriez-vous fermer la porte, monsieur Carolles? J'ai un peu froid.
ALBERT, fermant la porte.
Il vaut mieux qu'elle ne soit pas revenue...
{On entend les sirènes.)
BÉATRICE
Pourquoi?... Des mois durant, vous l'avez cher-
chée, tout autour de l'île... Et maintenant, vous dites...
ALBERT
Je ne suis plus le même qu'autrefois, Béatrice.
BÉATRICE
Plus le même ?
ALBERT
Non. Je ne reconnais plus mes pensées ni mes sentiments. Jusqu'à mon visage, qui me semble différent... Moi aussi, je suis le jouet d'une puissance magique... Une puissance terrestre et que je connais bien. {Lui prenant les mains). Mon enfant, ma petite fille, vous ne comprenez donc pas?
BÉATRICE, se détournant.
Quoi?
ALBERT
Je ne peux pas m'expliquer... Mais je voudrais que vous me deviniez.
J ^essaierai.
ALBERT
Je me débats entre une soif profonde de sincérité, de bonheur, de vie nouvelle et des défenses, des contraintes qu'il m'est impossible d'outrepasser... J'ai rêvé de vous, la nuit dernière. Il venait de pleuvoir et je vous voyais de ma fenêtre, marcher sur une large route inondée qui réfléchissait un ciel bleu, mobile, plein de nuées en lam-