‹ Théâtre complet (volume 5)Chapitre 66 sur 68 · PERSONNAGES · texte numérisé non relu

PERSONNAGES

LA. TOCA l'Innocente) M°" Marie Ka.lff.

GENEVIÈVE (sa sœur, 13 ans) .... Raymome,

LA FEMME , . Bianchimi.

L'HÔTESSE CÉCILE Barré.

L HOMME MM, Camille Cornet.

LE VIEUX Barthet.

PREMIER GARS (le grand Balraaz). . . Jacquelis.

DEUXIÈME GARS Girardin.

La scène se passe dans un village de la Tarentaise, vers 1900.

Un coin du village de Villarlurin. A droite, entouré d'un muret de pierres moussues et fleuries, se trouve le petit jardin de l'auberge. Il est encombré de fleurs : passe-roses, digitales, géraniums, au milieu desquelles tiennent à grand'peine une table et trois escabeaux. Uauberge est invisible. Derrière le jardin, des silhouettes de toits à auvent et la masse sombre des forêts dont les crêtes se dessinent sur le ciel. A gauche, une souche servant de banc. C*esl l'été. La belle journée s'achève.

Au lever du rideau, la scène est vide. Sept heures sonnent à l'église. Dans le silence qui sait, on entend distinctement le grondement du torrent, au fond des gorges. Le Vieux entre du fond gauche, courbé en deux sous une charge de foin. Il dépose sa charge au pied du mur et appelle.

LE VIEUX

Madame Panouse î

l'hôtesse, invisible.

Voilà 1

{Elle paraîl à droite. C'est une vieille femme débonnaire. Elle est vêtue de noir et porte la « frontière », la coffiure de la Tarentaise.)

LE VIEUX

Je boirais bien une demi-barrique d'Apremont dans votre jardinet, madame Panouse.

l'hôtesse Une demi-barrique ?

le vieux C'est ce qu'il serait bon de boire. C'est ce qu'il faudrait boire pour combattre la chaleur et réparer les forces. Mais vous ne m'en servirez qu'un verre.

l'hôtesse

Vous que j'ai toujours connu si rangé, je ne comprends même pas qu'il vous vienne des soifs pareilles sur vos vieux jours.

LE VIEUX, hochant la tête.

Je le vois bien, que vous ne comprenez pas. (// entre dans le jardinet et s^y assied lourdement. Elle disparaît dans l'auberge et revient aussitôt, portant un verre de vin blanc). Trois cents mètres de pente, madame Panouse ! Trois cents mètres entre les champs et la maison ! Et six arpents à engranger avant la fin de la lune ! La femme per-

cluse à ne pas quitter son lit. Le médecin prétend que c'est le torrent qui lui vaut ça. Mais quoi, je ne peux pas prendre la bicoque sur mon dos pour la sortir de son creux ! Et le fils embauché à l'usine, au fond des gorges. Vous croyez qu'il remonterait me donner un coup de main, à ses moments de loisir ? Ouah !... Il file à Moutiers boire sa paye avec les garçons. Aujourd'hui, tenez, il y a foire à la Léchère. Vous pouvez être sûre qu'il est sur les chevaux de bois et dans les tirs. Tout seul, madame Panouse, je suis tout seul à faire le travail d'au moins trois mulets l

{Il boit.) l'hôtesse La vie est trop pénible pour les uns... pas assez pour les autres. Voilà I

LE VIEUX

Ah ! VOUS pouvez le dire. Tout à l'heure, au bas des champs, j'avais posé ma charge un instant, SOUS la croix de bois. J'avais le dos renfoncé, à croire qu'il ne se redresserait jamais. Et voilà deux promeneurs qui s'amènent. Homme et femme, tout en blanc ; des pas mariés, bien sûr, ils étaient trop polis ensemble. Ils me donnent le bonjour en me parlant de la belle journée qu'y faisait... de la belle montagne, des fleurs, du torrent. La petite dame pleurait presque en regardant les neiges... Moi aussi, je pleurais presque en leur rendant leur bonjour. Au tournant du chemin, j'ai vu l'homme

qui baisait l'épaule de la femme à même la laine de son manteau.

l'hôtesse Il en faut, des amoureux, sur la terre.

LE VIEUX

Bien sûr. Mais les vieux porte-misère, c'est moins sûr qu'il en faut.

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