ACTE QUATRIÈME
Il me semble que c'est moi, moi, votre aînée, la grande sœur comme vous m'appelez, qui devrais nous tirer d'affaire et remettre la famille à flot. Comment ? Je n'en sais rien. Je cherche, je ne trouve pas. S'il ne fallait que se jeter dans le feu, j'y serais déjà.
Pause.
MARIE
Maman t'at-elle parlé de la visite de M. Bourdon ?
JUDITH
Non. Que venait-il faire ?
MARIE
M. Teissier l'avait chargé de me demander en mariage.
JUDITH
Tu ne m'étonnes pas. Il était facile de voir que M. Teissier t'avait prise en affection et la pensée de t'épouser devait lui venir un jour ou l'autre.
MARIE
Est-ce que tu m'engagerais à accepter ?
JUDITH
Ne me demande pas mon avis là-dessus. C'est de toi qu'il s'agit, c'est à toi de décider. Vois, réfléchis, calcule, mais surtout ne pense qu'à toi. Si notre situation t'épouvante et que tu regrettes le temps où tu ne manquais de rien, épouse M. Teissier, il te fera payer assez cher un peu de bien-être et de sécurité. Mais comme je te connais, comme tu aimes bien ta mère et tes sœurs, et que tu pourrais te résigner
pour elles à ce que tu repousserais pour toi, nous serions des plus coupables, tu m'entends, des plus coupables, en te conseillant un sacrifice qui est le plus grand que puisse faire une femme.
MARIE
Tout ce que tu dis est plein de cœur ; embrassemoi encore.
Rosalie entre par la porte du fond ; elle tient une cafetière d'une main et de l'autre une casserole pleine de lait ; elle les dépose sur la table ; elle s'approche et regarde les deux sœurs en soupirant ; Marie et Judith se séparent.