‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 108 sur 169 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

tion et sans contestation possible, vous reviendra après sa mort. Vous n'aurez plus que des vœux à faire pour ne pas l'attendre trop longtemps. (Se tournant vers Mm» Vigneron ) Vous avez entendu, madame, ce que je viens de dire à votre fille ?

MADAME VIGNERON J'ai entendu.

BOURDON Que pensez-vous ?

MADAME VIGNERON

Je pense, monsieur Bourdon, si vous voulez le ravoir, que plutôt que de promettre à ma fille la fortune de M. Teissier, vous auriez mieux fait de lui •conserver celle de son père.

BOURDON

Vous ne sortez pas de là, vous, madame. (Revenant à Marie.) Eh bien ? mademoiselle, vous connaissez maintenant les avantages immenses qui vous seraient réservés dans un avenir très prochain ; je cherche ce que vous pourriez opposer encore, je ne le trouve pas. Quelques objections de sentiment peut-être ? Je parle, n'est-ce pas, à une jeune fille raisonnable, bien •élevée, qui n'a pas de papillons dans la tête. Vous •devez savoir que l'amour n'existe pas ; je ne l'ai jamais rencontré pour ma part. Il n'y a que des affaires en ce monde ; le mariage en est une comme toutes les autres ; celle qui se présente aujourd'hui pour vous, vous ne la retrouveriez pas une seconde fois.

l86 LES CORBEAUX

MARIE

M. Teissier, dans les conversations qu'il a eues avec vous, a-t-il parlé de ma famille ?

BOURDON

De votre famille? Non. (Bas.) Est-ce qu'elle exigerait quelque chose ?

MARIE

M. Teissier doit savoir que jamais je ne consentirais à me séparer d'elle.

Pourquoi vous en séparerait-i! ? Vos sœurs sont charmantes, madame votre mère est une personne très agréable. Teissier a tout intérêt d'ailleurs à ne pas laisser sans entourage une jeune femme qui aura bien des moments inoccupés. Préparez-vous, mademoiselle, à ce qui me reste à vous dire. Teissier m'a accompagné jusqu'ici ; il est en bas ; il attend une réponse qui doit être cette fois définitive ; vous risqueriez vous-même en la différant. C'est donc un oui ou un non que je vous demande.

MADAME VIGNERON

En voilà assez, monsieur Bourdon. J'ai bien voulu que vous appreniez à m'a fille les propositions qui lui: étaient faites ; mais si elle doit les accepter, ça la regarde, je n'entends pas que ce soit par surprise, dans un moment de faiblesse ou d'émotion. Au surplus, je me réserve, vous devez bien le penser, d'avoir un entretien avec elle où je lui dirai de ces choses

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