ACTE QUATRIÈME
d'un vieillard, qui accordera tout ce qu'on voudra pour passer avec elle les quelques jours qui lui restent à vivre. Cette situation est toute à votre avantage ; les atouts sont dans votre jeu, profitez-en. Je n'ai pas besoin de vous dire, madame, que nous, officiers publics, nous ne connaissons ni le plus fort ni le plus faible et que la neutralité est un devoir dont nous ne nous écartons jamais. Cependant je ne me croirais pas coupable, bien que Teissier soit mon client, de stipuler en faveur de votre fille tous les avantages qu'elle est en état d'obtenir.(Revenant à Marie.) Vous avez entendu, mademoiselle, ce que je viens de dire à votre mère. Faites-moi autant de questions que vous voudrez, mais, abordons, n'est-ce pas, la seule qui soit véritablement importante, la question argent. Je vous écoute.
MARIE Non, parlez vous-même.
BOURDON, avec un demi-sourire.
Je suis ici pour vous entendre et pour vous conseiller.
MARIE
Il me serait pénible de m'appesantir là-dessus.
BOURDON, souriant.
Bah ! Vous désirez peut-être savoir quelle est exactement, à un sou près, la fortune de M. Teissier ?
MARIE
Je la trouve suffisante, sans la connaître.
BOURDON
Vous avez raison. Tei?sier est riche, très riche, plus riche, le sournois, qu'il n'en convient lui-même. Allez donc, mademoiselle, je vous attends.
MARIE
M. Teissier vous a fait part sans doute de ses intentions ?
Oui, mais je voudrai? connaître aussi les vôtres. Il est toujours intéressant pour nous de voir se débattre les parties.
MARIE
N'augmentez pas mon embarras. Si ce mariage doit se faire, j'aimerais mieux en courir la chance plutôt que de poser des conditions.
BOURDON, souriant toujours.
Vraiment ! (Marie le regarde fixement.) Je ne mets pas. en doute vos scrupules, mademoiselle ; quand on veut bien nous en montrer, nous sommes tenus de les croire sincères. Teissier se doute bien cependant que vous ne l'épouserez pas pour ses beaux yeux. Il est donc tout disposé déjà à vous constituer un douaire mais ce douaire, je m'empresse de vous le dire, ne suffirait pas. Vous faites un marché, n'est-il pas vrai, ou bien, si ce mot vous blesse, vous faites une spéculation, elle doit porter tous ses fruits. 11 est donc juste, et c'est ce qui arrivera, que Teissier, en vous épousant, vous reconnaisse commune en biens, ce qui veut dire que la moitié de sa fortune, sans rétracta-