‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 115 sur 169 · ACTE QUATRIÈME I · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME I

MARIE

Expliquez-vous mieux.

DUPUIS

J'aurais donné beaucoup, mademoiselle, beaucoup, pour ne pas vous faire cette visite. Quand j'ai appris, la mort de votre père, j'ai dit à ma femme : je crois bien que M. Vigneron nous devait encore quelque chose, mais baste, la somme n'est pas bien grosse, nous n'en mourrons pas de la passer à profits et pertes. Je suis comme ça avec mes bons clients. M. Vigneron en était un ; jamais de difficultés avec lui ; entre honnêtes gens, ça devrait toujours se passer ainsi. Malheureusement, vous savez ce que sont les affaires, bonnes un jour, mauvaises le lendemain ; ça ne va pas fort en ce moment. Vous comprenez.

MARIE

Il me semblait bien, monsieur Dupuis, que moriv père s'était acquitté avec vous.

DUPUIS

Ne me dites pas cela, vous me feriez de la peine.

MARIE

Je suis certaine cependant, autant qu'on peut l'être,, que mon père avait réglé son compte dans votre maison.

DUPUIS

Prenez garde. Vous allez me fâcher. Il s'agit de deux mille francs, la somme n'en vaut pas la peine. Vous êtes peut-être gênées en ce moment, dites-le--

moi, je ne viens pas vous mettre le couteau sur la gorge. Que Mme Vigneron me fasse un effet de deux mille francs, à trois mois ; sa signature, pour moi, c'est de l'argent comptant.

MARIE

Je dirai à ma mère que vous êtes venu lui réclamer -deux mille francs, mais, je vous le répète, il y a erreur de votre part, je suis bien sûre que nous ne vous les devons pas.

DUPUIS

Eh bien, mademoiselle, je ne sortirai pas d'ici avant de les avoir reçus. Je me suis présenté poliment, mon chapeau à la main (il se couvre), vous avez l'air de me traiter comme un voleur, ces manières -là, ne réussissent jamais avec moi. Allez chercher votre mère, qu'elle me donne mes deux mille francs... ou un billet..., je veux bien encore recevoir un billet..., sinon, M. Dupuis va se ficher en colère et il fera trembler toute la maison.

Teissier rentre. — Dupuis, surpris et déjà intimidé par son arrivée, se découvre.

TEISSIER

Gardez votre chapeau . On ne fait pas de cérémonies dans les affaires. Vous avez votre facture sur vous ?

DUPUIS

Certainement, monsieur, j'ai ma facture.

TEISSIER Donnez-la-moi.

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