ACTE QUATRIÈME
DUPUIS
Est-ce qu'il faut, mademoiselle, queje remette mon compte à ce monsieur ?
MARIE
Faites ce que monsieur vous dit.
TE1SSIER, lisant la facture.
« Reçu de Mme veuve Vigneron deux mille francs pour solde de son compte arrêté de commun accord entre elle et moi. » Qu'est-ce que c'est qu'une note de ce genre-là ? Vous ne donnez pas ordinairement le détail de vos livraisons ?
DUPUIS
Nous ne pouvons pas, monsieur, recommencer
cinq et six fois la même facture. La première que j'ai
remise à M. Vigneron contenait toutes les indications
nécessaires.
TEISSIER
C'est bien. Je vais vous payer. Je vérifierai en rentrant chez moi.
DUPUIS
Vérifiez, monsieur, vérifiez. M. Vigneron a dû laisser ses papiers en règle.
TEISSIER
Oui, très en règle. (Portant la facture à ses yeux.)
Dupuis, n'est-ce pas ? Cette signature est bien la vôtre ? Vous êtes M. Dupuis en personne ?
DUPUIS Oui. monsieur.
TEISSIER
Je vais vous donner vos deux mille francs.
DUPUIS
Vérifiez, monsieur, puisque vous le pouvez. J'attendrai jusque-là.
TEISSIER
Vous êtes bien sûr que M. Vigneron, au moment de son décès, vous devait encore deux mille francs ?
DUPUIS
Oui, monsieur..., oui, monsieur. Il faudrait que ma femme eût fait une erreur dans ses calculs, mais je ne le pense pas.
TEISSIER
Votre femme n'a rien à voir là-dedans. C'est vous qui vous exposeriez en recevant deux fois la même somme.
DUPUIS
Je ne la réclamerais pas, monsieur, si elle ne m'était pas due. Je suis un honnête homme.
TEISSIER, lui tendant l'argent.
Voici vos deux mille francs.
DUPUIS
Non. Vérifiez d'abord. J'aime mieux ça.
TEISSIER
Rentrez chez vous, mon garçon, et que je ne vous voie pas remettre les pieds ici, vous m'entendez?