‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 120 sur 169 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

pourrais pas, je vous en préviens, subir un interrogatoire, chaque fois que j'aurais mis le pied dehors.

LA FONT

D'où venez-vous ?

CLOTILDE

Tâchez donc d'être logique au moins, je vous le conseille. Il n'est pas probable que 'je quitte quelqu'un et qu'en rentrant chez moi je trouve un mot de lui.

LA FONT

Ouvrez ce secrétaire et donnez-moi cette lettre.

CLOTILDE Vous plaisantez, n'est-ce pas ?

LAFONT Je n'en ai pas l'air.

CLOTILDE Vous me soupçonnez alors ?

LAFONT C'est plus probable.

Il lui montre le secrétaire de la main.

CLOTILDE

Vous le voulez ? Vous l'exigez ? Vous me le commandez ? C'est bien. (Elle cherche lentement, avec affectation, la poche de sa robe ; elle en retire un mouchoir d'abord, un carnet et les clefs ; elle remet le carnet et le mouchoir ; jetant les clefs à la volée.) Ouvrez VOUS-même. (Elle le quitte ; il reste immobile, indécis, rongeant son frein.) Allons, ramassez

donc et allez ouvrir. Quand on a commencé, on va jusqu'au bout. On montre qu'on est un homme.

(Il se décide, se dirige vers les clefs et se baisse ; le rejoignant).

Prenez bien garde à ce que vous allez faire. Si vous touchez ces clefs du bout des doigts... du bout des doigts..., ce n'est pas moi qui le regretterai, ce sera vous.

LAFONT, il hésite, ramasse les clefs et les lui donne.

Reprenez vos clefs.

Pause pendant laquelle Clotilde ôte son chapeau et ses gants, se met chez elle.

CLOTILDE Ça augmente, vous savez.

LAFONT Qu'est-ce qui augmente ?

CLOTILDE Le mal est en progrès, je vous en avertis.

LAFONT

Quel mal ?

CLOTILDE

Je m'étais bien aperçue déjà que vous me surveilliez et je riais de la peine que vous vous donniez... si inutilement. Jusqu'ici cependant il n'y avait rien à dire. C'était de la jalousie, mais une jalousie aimable, qui flatte l'amour-propre d'une femme et dont elle s'amuse. Vous venez de passer à l'autre, la jalousie stupide, grossière, brutale, celle qui nous blesse pro-

Page 1