ACTE PREMIER
gages, ce sont des appointements qu'il leur faut. Nous dînons en ville souvent, c'est vrai, presque tous les jours ; mais ma femme, naturellement, veut être habillée comme toutes ces dames, et ce qu'on économise d'un côté, on le dépense de l'autre. On dîne mieux, voilà l'avantage.
CLOT1LDE
Tu y es sensible.
DU MESN1L
Je ne dis pas non. J'aime mieux faire un bon repas dehors qu'un mauvais chez moi.
CLOTILDE, allant sur lui.
Finis, je te prie, et parlons de choses plus agréables.
DU MESN1L
Tu es célibataire, mon cher Lafont, eh bien, croismoi, reste-le.
LAFONT
Est-ce votre avis, madame ?
CLOTILDE
Mariez vous ou ne vous mariez pas, ça ne regarde que vous.
Elle s'éloigne.
DU MESNIL
Veux-tu être plus aimable que ma femme et écouter ce que je vais te dire ?
LAFONT
Très volontiers.
DU MESNIL
On fait de grandes démarches en ce moment pour moi, des démarches qui en valent la peine.
LAFONT Conte-moi ça.
DU MESNIL
C'est mon oncle, mon oncle Jean-Baptiste, le membre de l'Institut, que ma situation ne satisfait pas depuis longtemps. 11 veut que je rentre dans l'administration des Finances. Il a là des amis, la plupart me connaissent, ces messieurs se sont entendus pour me trouver une recette particulière.
LAFONT
Voilà la position qui te conviendrait, que tu remplirais à ton aise et où tu n'aurais plus besoin de personne.
DU MESNIL
Je ne marche pas mal en ce moment. Je suis très apprécié maintenant par mes Sociétés ; il ne s'y écrit pas un chiffre qui ne me passe sous les yeux. On recherche beaucoup ma collaboration au Moniteur des Intérêts agronomiques, où je lance un pétard de temps en temps, ça me fait connaître. J'accepte tout ce qui se présente. Mais mon oncle n'entend pas de cette oreille-là. Il trouve qu'à mon âge, avec une femme et des enfants, on doit s'être fait sa place quelque part.