ACTE DEUXIEME 2sl
DU MESNIL
Ne m'irrite pas davantage. Je ne suis pas en train de rire et d'écouter tes gamineries.
Un temps.
CLOTILDE, inquiète, changeant de ton.
Qu'est-ce qu'il y a ?
DU MESNIL
Tu le sauras, ce qu'il y a, tu le sauras toujours trop tôt.
CLOTILDE
C'est donc sérieux ?
DU MESNIL Très sérieux.
CLOTILDE Tu es fâché ?
DU MESNIL
On le serait à moins.
CLOTILDE Tu es fâché... contre moi.
Il ne s'agit pas de toi. Tu allais sortir, sors. Sors î
(Elle fait un pas vers la porte.) Où vas-tu d'abord ? CLOTILDE, revenant
Au Louvre.
DU MESNIL
Va au Louvre, va. Achète des chiffons, le moment est bien choisi.
CLOTILDE Tu m'ennuies à la fin. Je ne bougerai pas avant
que tu aies parlé. (Elle enlève son chapeau brusquement.)
Je ne sors pas quand mon mari a de la peine et que je ne sais pas ce que c'est que cette peine. (S'asseyant.) S'il attend pour me la dire, c'est bien, j'attendrai aussi pour la connaître.
DU MESNIL, se levant et allant à elle.
Tu es bien gentille.
CLOTILDE Parle donc, bêta.
DU MESNIL
Nous sommes flambés !
CLOTILDE A quel propos ?
DU MESNIL A quel propos ? Pour la recette.
CLOTILDE, se relevant.
C'est ça ! Comment, toi, un homme, tu te mets dans un état pareil et tu me révolutionnes par contrecoup pour une affaire qui n'a pas marché ! Elle n'a pas marché, voilà tout. C'est toujours ainsi les affaires. L'une manque, l'autre réussit, on profite de la bonne et l'on oublie la mauvaise. Tu croyais peutêtre que j'allais me plaindre, et te faire des reproches, jamais, mon cher ami, jamais. Allons, remetstoi, et ne garde pas cette figure désolée. Qu'est-ce que tu deviendrais donc pour un malheur véritable ?