ACTE TROISIÈME
SIMPSON Mon domestique les termine en ce moment.
CLOTILDE Vous ne me demandez rien ?
SIMPSON
11 me reste si peu de temps vraiment que je craindrais de vous déranger.
CLOTILDE
Comme VOUS voudrez. (Elle le quitte ; il se lève et va
poser sa tasse sur la table.) Qu'est-ce que pense votre mère de cette brusque résolution ?
SIMPSON
Ma mère est enchantée de me voir partir. C'est un peu pour elle que je m'en vais plus tôt que d'habitude. Elle m'a demandé d'inspecter sa propriété de fond en comble et de diriger les réparations qui seront nécessaires. Je veux que ma mère ne reconnaisse pas Croquignole, quand elle viendra s'y installer.
CLOTILDE
Si votre mère est de votre côté, je n'ai plus rien à dire.
Vous aimez trop Paris ; vous n'admettez pas qu'on s'y trouve mal et qu'on puisse vivre ailleurs.
CLOTILDE
Je ne pense pas cela. Je trouve seulement qu'à
votre âge et dans votre situation un homme n'abandonne pas Paris volontiers, surtout s'il y était retenu par le plus léger attachement. L'hiver est à peine fini ; le temps est affreux ; personne ne songe encore à paitir, excepté vous ; il faut que vous ayez une raison.
SIMPSON
J'en aurais une plutôt pour rester.
CLOTILDE Alors pourquoi vous en allez-vous?
SIMPSON
Je m'ennuie. Je suis irrité et humilie. Je me faisl'efifet d'un pauvre dans votre Paris. Qu'est-ce que c'est que ce misérable entresol où je demeure ? J'ai honte pour moi de l'habiter ; c'est bien pis quand on me fait le plaisir de venir me voir. Ma mère se refuse toujours à me donner une installation comme je la voudrais. Elle préfère que je voyage. Je dépense beaucoup d'argent, sans en retirer ni plaisir ni honneur. Là-bas, à Croquignole, le décor change. Je mène grand train. Je compte dans le pays ; on me salue très bas quand je passe. J'ai sous la main tout ce qui me manque ici : mes chevaux, mes chiens... mes fusils. Vous savez que j'ai une magnifique collection de fusils qu'il me tarde toujours un peu de retrouver en bon état. Paris est agréable évidemment ; je m'y plairais peut-être autant qu'un autre, si j'y étais dans des conditions qui satisferaient mon amourpropre.