ACTE TROISIÈME 28l
mes soupçons se portaient sur lui. Mm0Beaulieu ne se plaindra pas de votre discrétion.
CLOTILDE
C'est bien. Qu'est-ce que vous avez fait depuis que je ne vous ai vu ?
LAFONT J'ai pensé à vous.
CLOTILDE Cela se dit, cela. Après ?
LAFONT Après ! J'ai vécu comme d'habitude.
CLOTILDE Vous ne vous êtes pas absenté ?
LAFONT
Il fallait me déplacer, je n'en ai pas eu le courage.
CLOTILDE
Ces demoiselles ont-elles été gracieuses ? Vous ont-elles bien reçu ?
LAFONT
Je ne vous réponds pas.
CLOTILDE
Pourquoi ? 11 est possible qu'autrefois une infidélité de votre part m'eût été sensible, très sensible ; mais ce qui vous était défendu alors vous est bien permis maintenant. Avec cela que je ne vous connais pas et
que vous êtes un homme à vous priver de consolations. Vous n'étiez pas toujours bien aimable, mon» ami, ni bien gai, ni bien confiant, mais...
LAFONT Mais...
CLOTILDE
Ne parlons pas de ces choses-là.
LAFONT
Je souffre beaucoup trop, je vous assure, pour songer à des consolations. Et puis, si le malheur veut, que je vous ai perdue pour toujours, je ne chercherai pas à vous remplacer dans un monde que je ne fréquente plus.
CLOTILDE
Vous avez tort. Vous devriez retourner auprès de ces dames. Elles sont libres ; on ne se gêne pas avec elles ; elles aiment les histoires, les'cris, les batailles ; vous ne trouverez jamais cela avec nous. Nous ne pouvons offrir qu'une affection paisible, sincère... et désintéressée.
LAFONT
C'est ce que je demande. C'est ce que nous demandons tous.
CLOTILDE
Alors, mon ami, il fallait prendre garde et ne pas risquer ce qTie vous teniez pour le plaisir de faire un coup de tête.