ACTE PREMIER
Vos filles ne font pas la loi chez vous. Je pense que M. Vigneron passerait sur un enfantillage de leur part pour recevoir son associé.
MADAME VIGNERON
Mais ces messieurs se voient presque tous les jours, à la fabrique ; quand ils ont parlé de leurs affaires ils n'ont plus rien à se dire.
Voyons, ma chère madame Vigneron, je ne suis pas femme à abuser d'un secret qu'on me confierait ; j'en aurais le droit si je le surprenais moi-même. Convenez que c'est vous, pour une raison ou pour une autre, qui fermez la porte à M. Teissier.
MADAME VIGNERON
Moi, madame ! Vous vous trompez bien. D'abord je fais tout ce qu'on veut ici ; ensuite, si je n'ai pas... de l'affection pour M. Teissier, je n'ai pas non plus d'antipathie pour lui.
Il vous est... indifférent ?
MADAME VIGNERON
Indifférent, c'est le mot.
Alors, permettez-moi de vous b dire, vous êtes
bien peu prévoyante ou par trop désintéressée. M. Teissier est fort riche, n'est-ce pas?
MADAME VIGNERON Oui.
11 a passé la soixantaine ?
MADAME VIGNERON Depuis longtemps.
MADAME DE SAINT-GENIS Il n'a ni femme ni enfants?
MADAME VIGNERON Ni femme ni enfants.
MADAME DE SAINT-GENIS On ne lui connaît pas de maîtresse ?
MADAME VIGNERON
Une maîtresse ! à M. Teissier ! Pour quoi faire,. mon Dieu ?
Ne riez pas et écoutez-moi sérieusement comme je vous parle. Ainsi, vous avez là, sous la main, une succession considérable, vacante, prochaine, qui pourrait vous revenir décemment sans que vous l'enleviez à personne, et cette succession ne vous dit rien ? Elle ne vous tente pas, ou bien trouvez-vous peut-être que ce serait l'acheter trop cher parquelques