ACTE PREMIER
politesses et des semblants d'affection pour un vieillard ?
MADAME VIGNERON
Ma foi, madame, votre remarque est fort juste, elle n'était venue encore à personne de nous. Vous allez comprendre pourquoi. Notre situation ne serait plus la même, mon mari en serait moins fier et nous moins heureux, si nous devions quelque chose à un étranger. Mais cette raison n'en est pas une pour vous et rien ne vous empêchera, après le mariage de nos enfants, de faire quelques avances à M. Teissier. S'il s'y prête, tant mieux. Si le nouveau ménage lui paraissait digne d'intérêt, je serais enchantée pour Blanche et pour son mari qu'il leur revînt un peu de bien de ce côté. Je vais plus loin, madame. Si M. Teissier, fatigué comme il doit l'être de vivre seul à son âge, se laissait toucher par votre esprit et par vos charmes, je vous verrais de bien bon cœur contracter un mariage qui ne serait pas sans inconvénients pour vous, mais où vous trouveriez de grandes compensations.
Vous dites des folies, madame Vigneron, et vous connaissez bien peu les hommes. M. Teissier, à la rigueur, ne serait pas trop âgé pour moi, c'est moi qui ne suis plus assez jeune pour lui.
AUGUSTE, entrant.
M. Merckens vient d'arriver, madame ; dois-je le faire entrer ici ou dans l'autre salon?
MADAME VIGNERON
Que préférez-vous, madame ? Rester seule, recevoir M. Merckens ou assister à ma toilette.
Comme vous voudrez.
MADAME VIGNERON
Venez avec moi. Je vous montrerai quelques emplettes que j'ai faites et vous me direz si elles sont comme il faut.
Très volontiers.
MADAME VIGNERON
Faites entrer M. Merckens et priez le d'attendre un instant.
Elles sortent par la porte de gauche.