‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 34 sur 169 · MADAME VIGNERON, MADAME DE SAINT-GENIS · texte numérisé non relu

MADAME VIGNERON, MADAME DE SAINT-GENIS

MADAME VIGNERON, pleurant, son mouchoir à la main.

Excusez-moi, madame, je suis honteuse de pleurer comme ça devant vous, mais je ne peux pas retenir mes larmes. Quand je pense qu'il n'y a pas un mois, il était là, à la place où vous êtes, et que je ne le reverrai plus. Vous l'avez connu, madame ; il était si bon, mon mari, si heureux, il était trop heureux et nous aussi, ça ne pouvait pas durer. Parlez-moi, madame, je vais me remettre en vous écoutant. Je sais bien qu'il faut me faire une raison. Il devait mourir un jour. Mais j'avais demandé tant de fois à Dieu de m'en aller la première. N'est-ce pas madame, que Vigneron est au ciel où vont les honnêtes gens comme lui ?

Soyez-en bien sûre, madame.

MADAME VIGNERON

Donnez-moi des nouvelles de votre fils ; je l'ai à peine vu depuis ce malheur. Il est bon aussi, votre fils; Blanche m'a dit qu'il >.vait pleuré.

Georges va bien, je vous remercie.

MADAME VIGNERON

Pauvres enfants qui s'aiment tant, voilà leur mariage bien reculé.

Je voulais justement vous parler de ce mariage, si je vous avais trouvée plus maîtresse de vous. Vous n'êtes pas raisonnable ni courageuse, ma chère madame Vigneron. Je sais ce que c'est que de perdre son mari. J'ai passé par là. Encore étais-je plus à plaindre que vous ; M. de Saint-Genis, en mourant, ne me laissait que des dettes et un enfant de quatre ans sur les bras. Vous, vous avez de grandes filles en âge de vous consoler ; elles sont élevées ; l'avenir ne vous inquiète ni pour vous ni pour elles. (Changeant de ton.) Je me doute bien que dans l'état où vous êtes, vous n'avez pas songé un instant à vos affaires ?

MADAME VIGNERON

Quelles affaires, madame ?

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