ACTE DEUXIÈME 6l
Vous devez penser que la succession de M. Vigneron ne se liquidera pas toute seule ; il va y avoir des intérêts à régler et peut-être des difficultés à résoudre.
MADAME VIGNERON
Non, madame, aucune difficulté. Mon mari était un tro;> honnête homme pour avoir eu jamais des affaires difficiles.
Elles peuvent le devenir après sa mort. Entendezmoi bien. Je ne doute pas de la loyauté de M. Vigneron, je doute de celle des autres. M. Teissier n'a pas bougé encore ?
MADAME VIGNERON
M. Teissier est resté chez lui comme à son ordinaire. J'ai eu besoin d'argent, il m'a envoyé ce que je lui demandais en se faisant tirer l'oreille, nos rapports n'ont pas été plus loin jusqu'ici.
Ecoutez bien ce que je vais vous dire, madame Vigneron, et quand bien même mon avis tomberait à faux, prenez-le pour règle de votre conduite. Méfiezvous de M. Teissier.
MADAME VIGNERON
Soit, madame, je me méfierai de lui. Mais en supposant qu'il fût mal intentionné, ce n'est pas moi, c'est mon notaire qui le mettrait à la raison.
MADAME DE SAlNT-GENIS
Méfiez-vous de votre notaire.
MADAME VIGNERON Oh ! madame.
MADAME DE SAlNT-GENIS
Ne faites pas : Oh ! madame Vigneron, je connais messieurs les officiers publics. On ne sait jamais s'ils vous sauvent ou s'ils vous perdent, et l'on a toujours tort avec eux.
MADAME VIGNERON
Que direz-vous donc, madame, quand vous saurez que M. Bourdon, mon notaire, est en même temps celui de M. Teissier ?
MADAME DE SAlNT-GENIS
Je vous dirai d'en prendre un autre.
MADAME VIGNERON
Non, madame ; j'ai en M. Bourdon une confiance aveugle, je ne le quitterai que lorsqu'il l'aura perdue.
MADAME DE SAINT-GENIS Il sera trop tard alors.
AUGUSTE, entrant et s'approchant de Mm<? Vigneron.
M. Lefort présente ses compliments à madame et lui fait demander si elle a examiné son mémoire.
MADAME VIGNERON
Son mémoire ! Il me Ta donc donné ?