SCÈNE II MADAME VIGNERON, TEISSIER
MADAME VIGNERON, pleurant, son mouchoir à la main.
Quel malheur, monsieur Teissier, quel épouvantatable malheur ! Mon pauvre Vigneron. C'est le travail qui l'a tué ! Pourquoi travaillait-il autant ? Il netenait pas à l'argent ; il ne dépensait rien pour luimême. Ah! il voulait voir ses enfants heureux pendant sa vie et leur laisser une fortune après sa mort.
Un silence.
TEISSIER
Est ce avec voire autorisation, madame, que Mme de Saint-Genis s'est présentée chez moi pour connaître la situation qui vous était faite par le décès de votre mari ?
MADAME VIGNERON
J'ignorais complètement cette visite que je n'aurais, pas permise.
TEISSIER
Mon devoir était bien net ; j'ai pris cette dame parle bras et je l'ai poussée à la porte de mon cabinet.
MADAME VIGNERON
Son indiscrétion ne méritait pas autre chose. Tenez, monsieur Teissier, Mmj de Saint-Genis était ici, lorsque vous êtes arrivé, elle me parlait des affaires de mon mari. Vous les connaissiez, ses affaires, et vous les compreniez mieux que personne, éclairezmoi
TEISSIER
Je me suis amusé justement, dans un moment de loisir, à établir la succession de Vigneron. Avant tout, que désirez- vous savoir? Si elle se soldera en perte OU en bénéfice. (Mouvement de Mme Vigneron.) Des
calculs que j'ai relevés, la plume à la main, résulte une situation générale que voici... Vous m'écoutez... La fabrique vendue...
MADAME VIGNERON
Pourquoi la vendre ?
TEISSIER
Il faudra en arriver là. Vos terrains et les quelques bâtisses qui avaient été commencées, vendus également...
MADAME VIGNERON
Je garderai mes terrains.
TEISSIER
Vous ne le pourrez pas. Vos dettes courantes éteintes...
MADAME VIGNERON
Mais je n'ai pas de dettes.