ACTE DEUXIÈME
TEISSIER
Je les évalue à quarante mille francs environ. Je ne comprends pas pourtant dans cette somme votre architecte, dont le règlement devra venir avec la vente de vos immeubles. Je continue. Les droits de l'enregistrement acquittés...
MADAME VIGNERON
On paye donc, monsieur, pour hériter de son mari ?
TEISSIER
On paye, oui, madame. Les frais généraux liquidés... j'entends par frais généraux les honoraires du notaire, ceux de l'avoué, les dépenses imprévues, voitures, ports de lettres, etc. Bref, le compte que vous aurez ouvert sous cette rubrique : « Liquidation de feu Vigneron, mon mari », ce compte-là entièrement clos, il vous restera une cinquantaine de mille francs.
MADAME VIGNERON
Cinquante mille francs de rente.
TEISSIER
Comment, de rente ? Vous n'écoutez donc pas ce que je vous dis? Où voyez-vous dans tout ce qu'a laissé Vigneron le capital nécessaire pour établir une rente de cinquante mille francs ?
Mme Vigneron le quitte brusquement ; après avoir sonné, elle ouvre le meuble-secrétaire avec précipittation.
MADAME VIGNERON, écrivant.
« Mon cher monsieur Bourdon, ayez l'obligeance de
venir me parler le plus tôt possible, je ne serai tranquille qu'après vous avoir vu. Je vous salue bien honnêtement : Veuve Vigneron. » Cinquante mille francs ! (A Auguste qui est entré.) Portez cette lettre à la minute.
TEISSIER, il a tiré un portefeuille bourré cle papiers.
Vous vous rendrez mieux compte à la lecture... MADAME VIGNERON
Cinquante mille francs ! (Se retournant vers Teissier et lui faisant sauter son portefeuille.) Gardez VOS papiers,
monsieur, je n'ai plus d'affaires avec vous.
Elle sort précipitamment par la porte de gauche.