‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 41 sur 169 · SCÈNE IV TEISSIER, MARIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV TEISSIER, MARIE

MARIE

Ne partez pas, monsieur, avant d'avoir fait la paix avec ma mère. Elle a tant pleuré, ma pauvre mère, tant pleuré, qu'elle n'a plus toujours la tête à elle.

TEISSIER, revenant.

Il était temps que vous m'arrêtiez, mademoiselle. J'allais de ce pas assigner Mme Vigneron au Tribunal de commerce en remboursement des avances que je lui ai faites. Je me suis gêné moi-même pour ne pas laisser votre mère dans l'embarras, (n tire une seconde

fois son portefeuille et y prend un nouveau papier.) VOUS

aurez l'obligeance de lui remettre ce petit compte qu'elle vérifiera facilement : « Au 7 janvier, avancé à Mmo Vigneron 4000 francs qui ont dû servir aux obsèques de votre père ; au 15 janvier, avancé à Mme Vigneron 5000 francs pour les dépenses de sa maison, c'est à ce titre qu'ils m'ont été demandés ; au 15 également, écoutez cela, remboursé une lettre de change, signée : Gaston Vigneron, ordre : Lefébure, montant : 10.000 francs. » Votre frère étant mineur, son engagement ne valait rien. Mais Mme Vigneron n'aurait pas voulu frustrer un bailleur de fonds, que ce jeune homme a trompé nécessairement sur son âge et sur ses ressources personnelles, (n plie le papier et le lui remet.) Je suis votre serviteur.

MARIE

Restez, monsieur, je vous prie de rester. Ce n'est pas ce compte qui a bouleversé ma mère au point de s'emporter avec vous. Elle vous eût remercié plutôt, tout en blâmant son fils comme il le mérite, d'avoir fait honneur à sa signature.

TEISSIER, surpris, avec un sourire.

Vous savez donc ce que c'est qu'une signature ?

Mon père me l'a appris.

TEISSIER

Il aurait mieux fait de l'apprendre à votre frère.

MARIE

Asseyez-vous, monsieur; je suis peut-être bien jeune pour parler d'affaires avec vous.

TEISSIER, debout, souriant toujours.

Allez, causez, je vous écoute.

MARIE

Je m'attendais bien, pour ma part, à un grand changement dans notre position, mais qu'elle fût perdue entièrement, je ne le pensais pas. Dans tous les cas, monsieur, vous ne nous conseilleriez ni une faiblesse ni un coup de tête. Que devons-nous faire alors? Examiner où nous en sommes, demander des avis, et ne prendre aucune résolution avant de connaître le pour et le contre de notre situation.

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