ACTE DEUXIÈME
TEISSIER
Ah!... Laissons de côté vos immeubles qui ne me regardent pas. Que faites-vous, en attendant, de la fabrique ?
MARIE
Qu'arriverait-il, monsieur, si nous voulions la garder et vous la vendre ?
TEISSIER
Elle serait vendue. Le cas a été prévu par la loi.
Il y a une loi ?
TEISSIER, souriant toujours.
Oui, mademoiselle, il y a une loi. Il y a l'article 815 du Code civil qui nous autorise l'un comme l'autre à sortir d'une association rompue en fait par la mort de votre père. Je peux vous mettre à même de
VOUS en assurer tout de SUÎte. (Tirant un volume de sa poche.) Vous voyez quel est cet ouvrage : « Recueil des lois et règlements en vigueur sur tout le territoire français. » Je ne sors jamais sans porter un code sur moi, c'est une habitude que je vous engage à prendre.
(Il lui passe le volume à une page indiquée ; pendant qu'elle prend connaissance de l'article, il la regarde avec un mélange d'intérêt, de plaisir et de moquerie.) Avez-VOUS Compris ?
MARIE Parfaitement.
Pause.
TE1SSIER
Vous vous appelez bien Marie et vous êtes la seconde fille de Vigneron ?
MARIE Oui, monsieur, pourquoi ?
TEISSIER
Votre père avait une préférence marquée pour vous.
Mon père aimait tous ses enfants également.
TEISSIER
Cependant il vous trouvait plus raisonnable que vos sœurs.
MARIE
Il le disait quelquefois, pour me consoler de n'être pas jolie comme elles.
TEISSIER
Qu'est-ce qui vous manque ? Vous avez de beaux yeux, les joues fraîches, la taille bien prise, toutes choses qui annoncent de la santé chez une femme.
MARIE
Ma personne ne m'occupe guère, je ne demande qu'à passer inaperçue.
TEISSIER C'est vous bien certainement qui aidez votre mère