ACTE DEUXIÈME
LEFORT
Oui, mademoiselle, Vigneron n'était pas un client pour moi, c'était un frère.
MARIE
Nous sommes à la veille de prendre une décision fort importante...
LEFORT
Disposez de moi. Mon temps vous appartient, ma bourse est à votre service. Les enfants de Vigneron sont mes enfants.
MARIE
Si vous aviez quelques éclaircissements, quelque projet même à nous communiquer, ayez l'obligeance de tout dire en présence de ces messieurs.
LEFORT
Je suis prêt, mademoiselle. Ces messieurs ne me font pas peur. J'ai l'habitude de mettre ma poitrine en avant.
MADAME VIGNERON Asseyez-vous là, monsieur Lefort.
LEFORT, assis.
Avez-vous ouvert mon mémoire, madame? Non, n'est-ce pas ? Tant pis. Il renfermait une notice sur les terrains de M. Vigneron où toute l'affaire est exposée depuis A jusqu'à Z. Si j'avais cette notice sous les yeux, je serais plus bref et je me ferais mieux comprendre.
MARIE
Je peux vous la donner, monsieur, j'ai serré moimême votre mémoire.
LEFORT Vous m'obligerez.
Marie va au meuble-secrétaire, en passant devant sa mère et Teissier assis l'un près de l'autre.
TEISSIER, à Mme Vigneron.
Elle a de Tordre, votre demoiselle ?
MADAME VIGNERON Beaucoup d'ordre.
TEISSIER Ce sera plus tard une femme de tête ?
MADAME VIGNERON
Oui, je le crois.
TEISSIER
Caicule-t-elle facilement ?
Pas de réponse.
BOURDON, il a pris le mémoire des mains de Marie et en détache une partie qu'il donne à Lefort.
C'est là sans doute ce que vous désirez. Si vous le permettez, je parcourrai votre mémoire en vous écoutant.
Ils échangent un regard hostile. LEFORT, en martelant chacune de ses phrases,
Dès le principe, les terrains de M. Vigneron, situés à l'extrémité de Paris, dans le voisinage d'une gare, soumis de ce chef à mille servitudes, étaient, au