ACTE DEUXIEME Çl
prix où il les avait achetés, une détestable affaire. Disons le mot, il avait été mis dedans.
BOURDON
Je vous arrête. Personne n'avait intérêt à tromper M. Vigneron. Il avait acheté ces terrains dans l'espoir qu'ils seraient expropriés.
LEFORT
Expropriés ? Par qui ?
BOURDON
Par le chemin de fer.
LEFORT
Quelle bonne blague ! C'était le chemin de fer qui les vendait.
BOURDON En êtes-vous sûr ?
LEFORT Parfaitement sûr.
BOURDON
Soit. Alors on supposait que la Ville, qui avait entrepris de grands travaux dans les quartiers excentriques, aurait besoin de ces terrains. Je me souviens maintenant ; on espérait traiter avec la Ville.
LEFORT
Avec la Ville ou avec le grand Turc. Il ne faut pas m'en conter à moi pour tout ce qui regarde les immeubles, je connais la place de Paris depuis A jusqu'à Z. Je continue. M. Vigneron, qui avait été
mis dedans, je maintiens le mot, s'aperçut bien vite de sa sottise et il voulut la réparer. Comment? En faisant bâtir. Il vint me trouver. Il connaissait de longue date ma conscience et mon désintéressement, je ne le quittai plus qu'il ne m'eût confié les travaux. Malheureusement, à peine mes études étaient-elles faites et les premières fondations commencées (avec une pantomime comique.) Vigneron décampait pour l'autre monde.
BOURDON
Nous connaissons tous ces détails, mon cher monsieur, vous nous faites perdre notre temps à nous les raconter.
LEFORT
Les héritiers se trouvent dans une passe difficile, mais dont ils peuvent sortir à leur avantge. Ils ont sous la main un homme dévoué, intelligent, estimé universellement sur la place de Paris, c'est l'architecte du défunt qui devient le leur. L'écouteront-ils ? S'ils repoussent ses avis et sa direction, (avec une pantomime comique), la partie est perdue pour eux.
BOURDON
Arrivez donc, monsieur, sans tant de phrases, à ce que vous proposez.
LEEORT
Raisonnons dans l'hypothèse la plus défavorable, M. Lefort, qui vous parle en ce moment, est écarté de l'affaire. On règle son mémoire, loyalement, sans le chicaner sur chaque article. M. Lefort n'en demande