ACTE DEUXIÈME
MADAME VIGNERON
Tu ne sais pas encore ce que je veux dire. M. Lefort s'exprime très grossièrement peut-être, mais je crois qu'il a du cœur et de la loyauté,
JUDITH Je crois tout le contraire
MADAME VIGNERON Pourquoi ?
Je lui trouve les allures d'un charlatan. MADAME VIGNERON
Ah ! Et toi. Blanche, est-ce que tu trouves à M. Lefort les allures d'un charlatan ?
BLANCHE
Oui, un peu, Judith n'a pas tort.
MADAME VIGNERON
I C'est bien. Dans tous les cas, ses conseils me paraissent préférables à ceux de M. Bourdon qui ne demande en réalité qu'à vendre nos terrains. Quel est ton avis, Marie ?
-MARIE
Je n'en ai pas jusqu'à présent.
MADAME VIGNERON
Nous voilà bien avancées, mon enfant. Parle-nous alors de M. Teissier.
IOO LES CORBEAUX
MARIE
11 me semble que sans brusquer rien et avec des égards pour M. Teissier, on obtiendrait quelque chose de lui.
BLANCHE
Qu'est-ce que tu dis, Marie ? M. Teissier est l'homme le plus faux et le plus dangereux qu'il y ait au monde.
Je ne sais pas qui a raison de Marie ou de Blanche, mais, à mon sens, nous ne devons compter que sur M. Bourdon.
MADAME VIGNERON
Je ne pense pas comme toi, mon enfant. M. Bourdon ! M. Bourdon ! Il y a une question d'abord que M. Bourdon devait me faire et il ne paraît pas y avoir songé. Ensuite, j'ai remarqué beaucoup d'obscurité dans ses paroles. Qu'est-ce que c'est que cette phrase que je me rappelle : Catilina est aux portes de Rome? (a Marie.) As-tu compris ce qu'il a voulu dire ?
MARIE
Oui, j'ai compris.
MADAME VIGNERON
Tu as compris ? C'est bien vrai ? N'en parlons plus, vous êtes plus savantes que moi. Mais M. Bourdoru aurait pu me parler de Catilina tout à son aise et me