ACTE TROISIÈME I
ROSALIE Plus qu'on ne voudrait.
On lui fait bonne mine cependant ?
Il le faut bien. Ces demoiselles ont beau ne pas l'aimer, le besoin de s'entendre avec lui est le plus fort.
S'entendre ? A quel sujet ?
ROSALIE Pour leur fortune.
Oui, Rosalie, pour leur fortune (elle la quitte) ou pour la sienne.
ROSALIE
Vous restez, n'est-ce pas, madame ?
Non, je m'en vais. Je n'hésite plus maintenant. M. Teissier est là, ces dames ont des affaires avec lui, quelles affaires ? je ne veux gêner personne ni pénétrer aucun mystère.
Elle se dirige vers la porte.
ROSALIE Madame reviendra ?
MADAME DE SAINT-GENIS Je reviendrai.
Io8 LES CORBEAUX
ROSALIE Sûrement ?
Sûrement. Ecoutez, Rosalie. Si Mraj Vigneron et ses filles, Blanche exceptée bien entendu, veulent sortir, qu'elles sortent, qu'elles ne se gênent pas. C'est Blanche seulement qui doit m'attendre et avec qui je veux causer une fois pour toutes. Dites-lui donc un peu, vous, sa vieille bonne, qu'elle se calme..., qu'elle réfléchisse..., qu'elle se résigne..., ce n'est pas ma faute si son père est mort..., elle se rend compte des embarras pécuniaires où elle se trouve et dont mon fils ne peut pas être responsable..., il ne le peut pas... en aucun cas... Hein ? Rosalie, comprenez-vous ce que je vous demande ?
ROSALIE
Sans doute, madame, je comprends, mais ne comptez pas sur moi pour affliger ma petite Blanchette.
Tenez, on vous sonne. Voyez ce qu'on vous veut, je retrouverai mon chemin pour m'en aller.
ROSALIE, seule.
Elle me fait peur, cette femme-là. Je me signe
chaque fois qu'elle entre et qu'elle sort.
La troisième porte du fond, à droite, s'ouvre ; entre Teissier, le bras passé à celui de Marie, Mn'e Vigneron derrière eux ; Judith vient après, Blanche la dernière ; Rosalie s'est rangée pour les laisser passer ; elle arrête Blanche, la rajuste et l'embrasse ; elle sort par la porte ouverte et la referme.