ACTE TROISIÈME II
MADAME VIGNERON
Regarde, mon enfant, que de sottises tu as dites en cinq minutes. Tu m'as blessée d'abord, tu as découragé une de tes sœurs et tu fais pleurer l'autre.
JUDITH, allant à Blanche.
Tu m'en veux ?
BLANCHE
Non, je ne t'en veux pas. Tu parles de M. de Saint-Genis sans le connaître. J'étais très heureuse de lui apporter une dot, je l'ai perdue, il ne m'en aime pas moins et me témoigne le même désir de m'épouser. Les difficultés viennent de sa mère. Une mère cède tôt ou tard ; Mme de Saint-Genis fera comme toutes les autres. Elle trouvera plus sage de nous donner son consentement, quand elle nous verra résolus à nous en passer. Tu as raison, ma grande sœur, en disant que nous ne nous défendons pas bien sérieusement ; mais cette décision qui nous manque dans nos affaires, je l'aurai, moi, je te le promets, pour mon mariage.
MADAME VIGNERON
Ah çà ! mes enfants, je ne vous comprends pas. Vous parlez toujours de décision, nous manquons de décision, il faudrait de la décision, vous ne dites pas autre chose, et, quand je vous propose une véritable mesure, vous êtes les premières à m'en détourner. Voulez-vous, oui ou non, renvoyer M. Bourdon et le remplacer ?
MARIE
Par qui ?
MADAME VIGNERON
Par qui ? Par le premier venu, (a Judith.") Par cemonsieur qui nous a envoyé sa carte.
JUDITH
Prenons ce monsieur, je le veux bien.
MARIE Et moi je m'oppose à ce qu'on le prenne.
MADAME VIGNERON
Eh bien 1 mes enfants, c'est votre mère qui vous-, mettra d'accord. Si M. Bourdon me dit encore un mot, un seul, qui ne me paraisse pas à sa place, je lecongédie et j'envoie chercher ce monsieur. Où estelle d'abord la carte de ce monsieur ? (silence.) Cherchedans ce meuble, Judith, et cherche avec soin. Marie, va au piano, cette carte s'y trouve peut-être. Et toi» | aussi, Blanche, fais quelque chose, regarde sur la cheminée. (Nouveau silence.) Ne cherchez plus, mes. enfants, j'avais cette carte dans ma poche, (a Judith.) Pourquoi ris tu ?
JUDITH
Je ris en pensant que nos adversaires savent ce qu'ils font de leurs instruments.
MADAME VIGNERON, tristement.
Est ce que tu vas recommencer?