ACTE TROISIEME
BOURDON
Je serais plus surpris si vous eussiez déjeuné chez lui.
MADAME VIGNERON
Enfin, nous avons dû faire part à M. Teissier de nos embarras, et il a consenti à nous avancer une somme assez importante, qui n'était pas la première.
BOURDON
Pourquoi demandez vous de l'argent à Teissier? Est-ce que je ne suis pas là ? Je vous l'ai dit, madame ; vous ne trouveriez pas chez moi quatre ou cinq cent mille francs pour des constructions imaginaires. Teissier ne vous les offre pas non plus, j'en suis bien sûr. Mais c'est moi, c'est votre notaire qui doit parer à vos besoins de tous les jours, et vous m'auriez fait plaisir de ne pas attendre que je vous le dise.
MADAME VIGNERON
Pardonnez-moi, monsieur Bourdon. j;ai douté de vous un instant. Il ne faut pas m'en vouloir, ma tête se perd dans toutes ces complications et vous avez bien raison de le dire, je ne suis qu'une ignorante. Si je m'écoutais, je resterais dans ma chambre à pleurer mon mari ; mais que dirait-on d'une mère qui ne défend pas le bien de ses enfants ?
Elle sanglote et va tomber en pleurant sur le canapé. BOURDON, la rejoignant, à mi-voix.
Je me fais fort d'obtenir de Teissier qu'il remette à un autre temps la vente de la fabrique, mais à une
condition : vous vous déferez de vos terrains. (Elle le regarde fixement.) Cette condition, qui est toute à votre avantage, vous comprenez bien pourquoi je vous l'indique. Je n'entends pas me donner de la peine inutilement et servir vos intérêts sur un point pendant que vous les compromettez sur un autre.
Pause.
MADAME VIGNERON, à Rosalie qui est entrée.
Qu'est-ce qu'il y a, Rosalie ?
ROSALIE
C'est M. Merckens qui vient vous voir, madame.
MADAME VIGNERON, se levant.
C'est bien. Fais entrer, (a Bourdon.) M. Merckens vous tiendra compagnie un instant, voulez-vous, pendant que j'irai consulter mes filles ?
BOURDON
Allez, madame, allez consulter vos filles,
Elle sort par la porte de gauche.