ACTE TROISIÈME
ses-là aussi bien que moi. Voyez comme nous sommes malheureux avec des clients tels que vous, très respectables sans aucun doute, mais aussi trop ignorants. Si ce point par mégarde n'avait pas été traité entre nous, et que plus tard, dans les comptes qui vous seront remis après la vente de vos immeubles qui est inévitable, vous eussiez trouvé : droits de l'enregistrement, tant ; qui sait ? vous vous seriez dit peutêtre : M. Bourdon a mis cette somme-là dans sa poche.
MADAME VIGNERON
Jamais une pareille pensée ne me serait venue. BOURDON
Eh ! madame, vous me soupçonnez bien un peu de ne pas remplir mes devoirs envers vous dans toute leur étendue, l'accusation est aussi grave. Laissons cela. Pendant que vous vous agitez sans rien conclure, attendant je ne sais quel événement qui ne se présentera pas, Teissier, lui, avec ses habitudes d'homme d'affaires, a marché de l'avant. 11 a remis la fabrique entre les mains des experts, ces messieurs ont terminé leur rapport, bref, Teissier vient de m'envoyer l'ordre de mettre en vente votre établissement.
MADAME VIGNERON
Je ne vous crois pas.
Comment, madame, vous ne me croyez pas ? (il tire
une lettre de sa poche et la lui donne.) La lettre de Teis-
sier est fort claire ; il met les points sur les z\ suivant son habitude.
MADAME VIGNERON
Laissez-moi cette lettre, monsieur Bourdon?
BOURDON
Je ne vois pas ce que vous en ferez et elle doit rester dans mon dossier.
MADAME VIGNERON
Je vous la ferai remettre aujourd'hui même, si M. Teissier persiste dans sa résolution.
BOURDON
Comme vous voudrez.
MADAME VIGNERON
Vous ignorez, monsieur Bourdon, que nos rapports avec M, Teissier sont devenus très amicaux.
BOURDON
Pourquoi ne le seraient-ils pas ?
MADAME VIGNERON
Mes filles lui ont plu.
C'est bon, cela, madame, c'est très bon.
MADAME VIGNERON
Il a déjeuné ici ce matin même.