ACTE TROISIEME
TE1SSIER
J'ai cessé de voir mes parents pour me mettre à l'abri de leurs demandes d'argent ; ils meurent de faim. — Je tiendrais beaucoup à m'attacher une petite personne, simple, douce et sûre, qui se tiendrait décemment dans ma maison et qui ne la mettrait pas au pillage. Je verrais peut-être plus tard si je ne dois pas l'épouser. Mais vous êtes toutes des agneaux avant le mariage et l'on ne sait pas ce que vous devenez après. Je réglerais ma conduite sur la sienne ; elle ne serait pas bien malheureuse de mon vivant et elle n'aurait pas à se plaindre quand je serais mort ; mariée ou pas mariée, ce serait la même chose pour elle.
MARIE
Levez-vous, monsieur Teissier, et allez-vous-en. Je ne veux pas me sentir près de vous une minute de plus. Je crois que vous êtes malheureux et je vous plains. Je crois que votre proposition était honnête et acceptable et je vous en remercie. Elle pourrait cependant cacher une arrière-pensée, une arrièrepensée si odieuse que le cœur me manque seulement le la soupçonner. Allez-vous-en.
TEISSIER, debout, embarrassé, balbutiant.
Voyons un peu ce que vous aviez à me dire.
MARIE
Rien, rien, rien ! Je serais honteuse maintenant de vous parler de ma famille ; je le serais pour elle autant [ue pour moi. Vous réfléchirez. Vous vous demande-
rez ce qu'était mon père et si vous ne devez rien à sa probité, à son travail, à sa mémoire. (Elle va vivement
au meuble-secrétaire, en retire les billets et les lui remet.) Reprenez votre argent Reprenez le sans embarras. M. Bourdon vient de se mettre à notre disposition et nous trouverons chez lui ce que nous n'aurions pas dû vous demander, à vous. Allez-vous-en. Allez-vousen ou je vais appeler Rosalie qui vous mettra dehors. (Pause ; Rosalie entre.) La voici justement. Que veux-tuv
ROSALIE
Mme de Saint-Genis est là.
MARIE C'est bien, qu'elle entre.
ROSALIE Qu'est-ce que tu as, ma petite fille, tu es toute
rouge? (Regardant Marie et Teissier alternativement.) Un ne
t'a pas dit un mot de trop, j'espère ?
MARIE
Fais entrer Mme de Saint-Genis.
TEISSIER
Je vous quitte, mademoiselle. Je vais voir en passant chez Bourdon s'il ne reste pas un moyen d'arranger les choses ; mais n'y comptez pas. Je suis, votre serviteur.
ROSALIE
Ce n'est pas sage de laisser une enfant si jeunece un homme de cet âge-là.
Mtne de Saint-Genis, en entrant, croise Teissier qui 6ort..