ACTE TROISIEME
MARIE
Je ne vois que ma famille. Je ne vois que le sort qui l'attend après celui qu'elle a perdu.
TE1SSIER, avec un sourire.
Vous vouliez donc me tromper alors et m'extorquer quelque concession pour elle ?
MARIE
Oh ! monsieur Teissier, j'ai bien assez de mes peines sans que vous veniez les augmenter encore. Vous voulez savoir ce que j'ai pensé, je vais vous le dire. J'ai pensé que vous n'étiez plus jeune, que vous viviez bien triste et bien isolé, que vous n'aviez pas d'enfants et que vous vous plaisiez avec ceux des autres ; voilà toutes les réflexions que j 'ai faites. Vous avez raison pourtant, je le reconnais. Nous ne vous voyions pas avant la mort de mon père, nous aurions dû ne pas vous voir après. Il fallait accepter les choses comme il les avait laissées, en prendre bravement notre parti, et nous dire qu'après tout des femmes ne sont jamais malheureuses lorsqu'elles s'aiment, qu'elles ont du courage et qu'elles se tiennent par la main.
Pause.
TEISSIER
Qu'est-ce que vous êtes de personnes ici ? Vous, votre mère et vos deux sœurs ?
MARIE
Et Rosalie.
TEISS1ER
Qu'est-ce que c'est que Rosalie ?
MARIE Une sainte créature qui nous a toutes élevées.
Comment faites-vous pour conserver vos domestiques, je n'ai jamais pu m'en attacher un seul. Vous êtes quatre personnes, Rosalie ne compte pas. C'est trop malheureusement, vous devez le comprendre. Je ne peux pas, pour une petite amie que je voudrais avoir, me charger aussi de sa famille qui m'ennuierait.
MARIE
Personne ne vous le demande et personne n'y songe.
TEISSIER
je ne voulais pas vous le dire, mais vous l'avez deviné. On ne se plaint pas d'être seul aussi longtemps qu'on reste jeune ; c'est un ennui à mon âge et une imprudence.
MARIE
Si vous êtes seul, c'est que vous le voulez bien.
TEISSIER Je devrais me marier ?
MARIE
Il ne serait pas nécessaire de vous marier pour avoir du monde autour de vous. Vous avez bien des parents .