ACTE TROISIÈME
MADAME DE SAINT-GENIS Bonjour, mon enfant, bonjour.
BLANCHE Embrassez-moi.
Très volontiers.
BLANCHE
Je vous aime bien, madame, vous le savez.
Allons, ma chère Blanche, du calme. Je suis venue aujourd'hui pour causer sérieusement avec vous ; écoutez-moi donc comme une grande personne que vous êtes. A votre âge, il est temps déjà d'avoir un peu de raison. (Elles s'asseyent.) Mon fils vous aime, mon enfant ; je vous le dis très franchement, il vous aime beaucoup. Ne m'interrompez pas. Je sais bien, mon Dieu, que de votre côté vous ressentez quelque chose pour lui ; une émotion, vive et légère, comme les jeunes filles en éprouvent souvent à la vue d'un joli garçon.
BLANCHE
Ah ! madame, comme vous rabaissez un sentiment beaucoup plus sérieux.
Soit, je me trompe. C'est très joli, l'amour, très vague et très poétique, mais une passion, si grande qu'elle soit, ne dure jamais bien longtemps et ne
conduit pas à grand'chose. Je sais ce que je dis. On ne paye pas, avec cette monnaie-là, son propriétaire et son boulanger. Je suis sans fortune, vous le savez ; mon fils n'a exactement que sa place ; des circonstances que je déplore ont compromis la situation de votre famille et peut-être la réduiront à rien. Dans ces conditions, je vous le demande, mon enfant, serait-il bien habile de consommer un mariage qui ne présente plus aucune garantie ?
BLANCHE, vivement.
Ce mariage doit se faire, madame, et il se fera.
MADAME DE SAINT-GENIS, avec douceur.
Il se fera, si je le veux bien.
BLANCHE
Vous consentirez, madame.
Je ne le crois pas.
BLANCHE
Si, madame, si, vous consentirez. 11 y a des affections si sincères qu'une mère même n'a pas le droit de les désunir. Il y a des engagements si sérieux qu'un homme perd son honneur à ne pas les remplir.
De quels engagements me parlez-vous ? (Silence.) Je reconnais, si c'est là ce que vous voulez dire, qu'un projet de mariage existait entre vous et mon fils; mais il était soumis à certaines conditions et ce n'est