‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 89 sur 169 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

pas ma faute si vous ne pouvez plus les remplir. Je voudrais, mon enfant, que cette réflexion vous fût venue. Je voudrais que vous subissiez silencieusement une situation nouvelle, qui n'est le fait de personne, mais qui change forcément les espérances de chacun.

BLANCHE

Georges ne me parle pas ainsi, madame ; ses espérances sont restées les mêmes. La perte de ma dot ne l'a pas affecté une minute et je ne le trouve que plus impatient de m'épouser.

Laissons mon fils de côté, voulez-vous ? Il est trop jeune encore, je l'apprends tous les jours, pour savoir ce qu'il fait et ce qu'il dit.

Georges a vingt-trois ans.

Vingt-trois ans, la belle affaire !

BLANCHE

A cet âge-là, madame, un homme a ses passions, une volonté et des droits.

Vous voulez parler de mon fils, soit, parlons-en. Etes vous bien sûre de ses dispositions, je les juge autrement que vous. Placé comme il l'est, le pauvre garçon, entre une affection qui lui est chère et son avenir qui le préoccupe, il est incertain, il hésite.

BLANCHE, se levant précipitamment.

Vous me trompez, madame.

Non, mon enfant, non, je ne vous trompe pas. Je prête à mon fils des réflexions sérieuses et je serais fâchée pour lui qu'il ne les eût point faites. J'irai plus loin. Savons-nous jamais ce qui se passe dans la tête des hommes ? Georges n'est pas plus sincère qu'un autre. Peut-être n'attend-il qu'un ordre de ma part pour se dégager d'une situation qui l'embarrasse.

BLANCHE Eh bien ! donnez-lui cet ordre.

Il le suivrait.

Non, madame.

Il le suivrait, je vous l'assure, serait-ce à contrecœur.

BLANCHE

Si vous en veniez là, madame, votre fils se déciderait à vous faire un aveu qu'il a différé par respect pour moi.

Quel aveu ? (Silence.) Allons, je vois bien que vous n'imiteriez pas longtemps ma réserve. Epargnez-vous une confidence plus que délicate. Je sais tout. (Blanche,

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