‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 91 sur 169 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

heureusement vous en empêchera. Elle pensera que c'est assez d'une tache dans sa famille sans y ajouter un scandale. Adieu, mademoiselle.

BLANCHE, la retenant.

Ne partez pas, madame.

MADAME DE SAINT-GENIS, avec douceur.

Nous n'avons plus rien à nous dire.

BLANCHE

Restez. Je pleure ! Je souffre ! Touchez ma main, la fièvre ne me quitre plus.

Oui, je me rends compte de l'agitation où vous êtes, elle passera. Tandis qu'une fois mariée avec mon fils, vos regrets et les siens seraient éternels.

Nous nous aimons.

MADAME DE SAINT-GENIS Aujourd'hui, mais demain.

BLANCHE Consentez, madame, je vous en conjure.

MADAME DE SAINT-GENIS Faut-il vous répéter le mot que vous me disiez tout

à l'heure ? Jamais. (Blanche la quitte, va et vient, traverse la scène en donnant les signes d'une vive agitation et de la plus grande douleur ; elle tombe sur un fauteuil. — Revenant

lentement à elle.) Je regrette bien, mon enfant, de vous

paraître aussi cruelle et de vous laisser dans un pareil état. J'ai raison cependant, tout à fait raison contre vous. Une femme de mon âge et de mon expérience, qui a vu tout ce qu'on peut voir en ce monde, sait la valeur des choses et n'exagère pas les unes aux dépens des autres.

BLANCHE, se jetant à ses genoux.

Ecoutez-moi, madame. Que vais-je devenir, si votre fils ne m'épouse pas ? C'est son devoir. Je n'en connais pas de plus noble et de plus doux à. remplir envers une femme dont on est aimé. Croyezvous que s'il s'agissait d'un engagement ordinaire, je m'humilierais au point de le rappeler. Mon cœur même, oui, je briserais mon cœur, plutôt que de l'offrir à qui le dédaignerait et n'en serait plus digne. Mais il faut que votre fils m'épouse ; c'est son devoir, je le répéterai toujours. Toutes les considérations s'effacent devant celle-là. Vous me parlez de l'avenir, il sera ce qu'il voudra, l'avenir, je ne pense qu'au passé, moi, qui me fera mourir de honte et de chagrin.

Enfant que vous êtes, est-ce qu'on parle de mourir à votre âge ! Allons, relevez-vous et écoutez-moi à votre tour. Je vois bien que vous aimez mon fils plus que je ne le pensais pour tenir autant à un pauvre garçon dont la position est presque misérable. Mais, si je consentais à vous marier avec lui, dans un an, dans six mois peut-être, vous me reprocheriez bien amèrement la faiblesse que j'aurais eue. L'amour

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