‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 98 sur 169 · SCÈNE II MERCKENS, JUDITH · texte numérisé non relu

SCÈNE II MERCKENS, JUDITH

JUDITH

Je vais vous faire une petite querelle d'abord, et puis il n'en sera plus question. Je vous ai écrit deux fois pour vous prier de venir me voir, une seule aurait dû suffire.

MERCKENS, entre deux tons.

Etes-vous certaine de m'avoir écrit deux fois ?

l68 LES CORBEAUX

JUDITH

Vous le savez bien.

MERCKENS

Non, je vous assure ; votre première lettre ne m'est pas parvenue.

JUDITH

Laissons cela. Je n'ai pas besoin de vous dire à quelle situation nous voilà réduites, vous l'aurez deviné en entrant ici.

MERCKENS, moitié sérieux, moitié comique.

Expliquez-moi...

JUDITH

C'est une histoire qui ne vous intéresserait guère et je ne trouve aucun plaisir à la raconter. En deux mots, nous avons manqué d'argent pour défendre notre fortune ; il nous aurait fallu, dans la main, une centaine de mille francs.

Pourquoi ne m'avez-vous pas parlé de cela ? Je vous les aurais trouvés.

JUDITH

Il est trop tard maintenant. Asseyons-nous. Vous vous souvenez, monsieur Merckens, et vous avez été témoin de notre vie de famille. Nous étions très heureux, nous nous aimions beaucoup, nous n'avions pas de relations et nous n'en voulions pas. Nous ne pensions pas qu'un jour nous aurions besoin de tout le

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