ACTE QUATRIÈME
monde et que nous ne connaîtrions personne. (Merckens
a tiré sa montre.) Vous êtes pressé ?
MERCKENS
Très pressé. Ne faisons pas de phrases, n'est-ce pas ? Vous avez désiré me voir, me voici. Vous voulez me demander quelque chose, qu'est-ce que c'est ? ïl vaut peut-être mieux que je vous le dise, je ne suis pas très obligeant.
JUDITH Dois-je continuer ?
MERCKENS Mais oui, certainement, continuez.
JUDITH
Voici ce dont il s'agit d'abord, je vais tout de suite au plus simple et au plus sûr. Je me propose de mettre à profit les excellentes leçons que j'ai reçues de vous et d'en donner à mon tour.
MERCKENS, lui touchant le genou.
Comment, malheureuse enfant, vous en êtes là !
Voyons, voyons, monsieur Merckens, appelez-moi mademoiselle comme vous avez lhabitude de le faire et prenez sur vous de me répondre posément.
MERCKENS Des leçons ! Etes- vous capable d'abord de donner des leçons ? Je n'en suis pas bien sûr. Admettons-le. Ferez-vous ce qu'il faudra pour en trouver. Les le-
çons, ça se demande comme une aumône ; on n'en obtient pas avec de la dignité et des grands airs. Il est possible cependant qu'on ait pitié de vous et que dans quatre ou cinq années, pas avant, vous vous soyez fait une clientèle. Vous aurez des élèves qui seront désagréables le plus souvent, et les parents de vos élèves qui seront grossiers presque toujours. Qu'est-ce que c'est qu'un pauvre petit professeur de musique pour des philistins qui ne connaissent pas seulement la clef de sol. Tenez, sans aller chercher bien loin, votre père...
JUDITH
Ne parlons pas de mon père.
MERCKENS
On peut bien en rire un peu Il ne vous a rien
laissé.
Pause.
JUDITH
Ecartons un instant cette question des leçons, nous y reviendrons tout à l'heure. Dans ce que je vais vous dire, monsieur Merckens, ne voyez de ma part ni vanité ni présomption, mais le désir seulement d'utiliser mon faible talent de musicienne. J'ai composé beaucoup, vous le savez. Est-ce que je ne pourrais pas, avec tant de morceaux que j'ai écrits et d'autres que je produirais encore, assurer à tous les miens une petite aisance ?
MERCKENS, après avoir ri.
Regardez-moi. (n rit de nouveau.) Ne répétez jamais,